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août 2nd, 2012 by mysticmonkey

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Petits arrangements avec l’éternité

novembre 17th, 2009 by mysticmonkey

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Petits arrangements avec l’éternité, de Eric Holstein, roman paru aux éditions Mnémos en septembre 2009.
300 pages, 22 euros.

 

 

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La dernière cuvée de Mnémos est d’une qualité notoire ;j’ai touché quelques lignes d’une médiocrité confondante ici et .Alors c’est sans déplaisir, et avec un bon apriori que je me suis tourné vers le dernier bouquin en date, tout séduitque je fus par le pitch et l’interview d’Eric Holstein lors d’une émissionmémorable de la Salle 101, au cours de laquelle le fort sympathique bar ChezHabibi se mua éphémèrement en Paris Bercy un soir de concert de Rammstein.

Ce roman inaugure donc, en simultanéité avec la rééditionrevue de Le pire est avenir de MaïaMazaurette, la nouvelle collection Dédales.

Eric Holstein est né en 1969 à Paris. Il est essentiellement connuen tant que chroniqueur et comme l’un des fers de lance du site internetActuSF, dont il dirige la rubrique chroniques de littérature SFF, et deséditions actuSF – Les 3 souhaits, qu’il codirige avec Jérôme Vincent etCharlotte Volper. Il a également publié quatre nouvelles dans différentesrevues, la dernière en date dans l’anthologie anniversaire « Retour versl’horizon » de la prestigieuse collection Lunes d’Encre. Petits arrangements avec l’éternité estson premier roman.

  

L’histoire ? C’est celle de troisvampires : Eugène, un monte-en-l’air grossier et un poquito raciste et miso, tout amateur d’art qu’il soit, Grace,une poule gaffeuse et érotomane, Slawomir, un poivrot érudit bien qu’auxthéories fantasques. Nos trois compères adoptent le leitmotiv « pour vivreheureux, vivons cachés » ; ils sont marginaux à des degrés divers.L’histoire démarre réellement quand Grace vient toquer à la porte d’Eugène,toute penaude : elle vient de révéler sa véritable nature à Lashandra, unmillionnaire hindou, qui s’est mis en tête de devenir vampire à son tour.Devant le refus d’Eugène, Grace et Eddie, Lashandra en appelle aux Gen KoShikari, une secte hindou torturant les présumés vampires (nommés Vêtalas dansleur culture) car, pour eux, il s’agit une forme de vénération. Les vampires serendent compte qu’ils sont dans un sacré pétrin et décident de négocier devantl’ampleur du danger. Pour accomplir le rituel devant transformer le bon richarden aspirateur à souvenirs, Slawomir a besoin d’une bonne dose d’éther, contenueen forte proportion chez le plus vieux des vampires, un certain Mikolaj, plusconnu sous le nom de… Nicolas Copernic. Ah, deuxième problème de taille :les Gin Ko Shikari ne sont pas du genre à lâcher le morceau… En gros,planquez les gosses et les femmes enceintes, ça risque de déflagrer sec dansles artères de Pantruche.

  

Il s’agit donc d’une histoire de…Vampires. Ouais, super ! Bon, rassurons-nous, pas de la version ultraclassique ou de certaines niaiseries romantico-gothiques à l’eau de rose ;sans fondamentalement inventer quelque chose de tout à fait neuf, Eric Holsteindépoussière le mythe pour en livrer une version plus personnelle etoriginale : ses vampires à lui ne craignent ni le jour, ni les goussesd’ail, ni les crucifix, ne sucent pas le sang, ne dorment pas dans un cercueil,ne se transforment pas en chauve-souris et ne passent pas leur soirée à jouerdes sérénades au violoncelle sur le balcon avec une rose coincée entre lescanines, à l’endroit d’une préadolescente radasse aux entournures qui kiffel’emo parce que c’est hype. Ils sontpresque tout ce qu’il y’a de plus humain ; rien ne les distingue deshommes hormis des facultés physiques et une longévité accrues. Surtout, ils serepaissent des émotions et des souvenirs de leurs proies ; les silhouetteshumaines leur apparaissent nimbées de halos de diverses couleurs correspondantà des sentiments ou sensations, à partir desquels ils choisissent leurs proies.Le vampirisme ne se transmet pas à tout un chacun; il s’agit simplementd’une branche alternative de l’évolution. Certains peuvent être transformés,d’autres non. Et, autre fait marquant, ils parlent… argot. Une des marottesd’Eric Holstein, justement. Et ça se lit : c’est un raz de marée de termesargotiques plus ou moins évidents. Mais le tour de force, c’est qu’on ne s’enaperçoit pas ; tout est fait pour que dans le contexte, on comprenne lesens des mots inconnus ; on peut donc lire l’ouvrage d’une traitequasiment sans tiquer. Le style est donc globalement très argotique – et souventtout à fait ordurier –, mais Holstein prouve aux détours de quelquesparagraphes qu’il maitrise parfaitement un langage plus conventionnel. Le tonest acerbe, caustique et, pour quiconque se sent des affinités avec ce style, parinstants résolument jouissif. Car l’argot est une langue vibrionnante, très orale,très musicale, bougrement vivante, véritablement passionnante. En ce sens, ilfait écho aux propos de Benjamin Peret, selon lequel « l’argot témoigne de la tentation poétiquedans la vie de tous les jours ». (Assertion tirée, pour ma part, du Bifrost #531,citée par China Mieville, qui donne à méditer.)

 

Autre marotte d’EricHolstein : la marginalité. Ses héros-qui-n’en-sont-pas viventvolontairement à l’écart du fait de leur nature. Y compris au sein de leurcaste de vampires – finalement relativement grand-bourgeoise et encroûtée –,les héros d’Eric Holstein détonnent dans le paysage. Tiens, justement,parlons-en, du decorum ! Eric Holstein nous fait arpenter les pavés d’unecapitale  que je qualifieraisd’alternative, comme tiraillée entre deux époques, et qui offre à nos yeux lelot de monte-en-l’air, de tapins, de michetons, de marlous et autresénergumènes engoncés dans ses interstices. Et le tout baigne dans une ambiancede faubourgs cradingues, conserve ce petit côté glauque, sombre, voire malsain,qui imprègne le roman et absorbe son lecteur. Plus encore, par le biais de sesvampires, Eric Holstein nous offre à voir la nature humaine : sespersonnages sont assez rustres, passent leur temps à s’engueuler, et alternententre décarrade facile et morceaux de bravoure. Populo, et humain, en somme. Lalongévité des vampires permet également de s’interroger sur la durée et le sensde la vie ; ces vampires vivent des siècles et finissent par se lasser etse rendre compte de leur difficulté à s’adapter à un monde en perpétuellemutation; à cet égard on peut citer une scène au cours de laquelle, par lebiais de Grace, on voit les individus rongés par le temps et les scories d’uneexistence qui s’éternise. Parce que, comme le dit Eugène, « l’éternité,c’est long. Surtout vers la fin. » (Un salut à Woody Allen, au passage. Etpeut-être à Kafka. Je sais pas, en fait.)

 

Le tour de force du roman d’Eric Holstein réside donc avanttout dans son style – un argot gouailleur et percutant – et son cadre – unParis alternatif admirablement dépeint. 

Cette ambiance est tellement réussie qu’elle éclipse un peul’intrigue, au final maitrisée, prenante, ponctuée de bonnes vieilles algaradesdes familles et leurs lots de mandales dans la gueule et coup de lattes dansles abricots, avec même quelques pruneaux qui volettent dans l’air moite, alentoursdes chalands avinés adressant un regard supplicié vers la vespérale voûtecéleste… mais finalement très convenue. Car si les personnages créés par EricHolstein sont relativement originaux (que ce soit le trio vampirique ou lasecte Gin Ko Shikari : on ne voit pas tous les jours une bande d’hindousdéréglés en tant que grands méchants complètement frappadingues d’un roman…),le schéma narratif l’est moins. Absolument rien de rédhibitoire –  ça pulse, ça valse, et ça pétarade dans lesvolières, mais on se dit qu’il manque encore à ce roman un petit peu d’ampleur.

 

Ne faisons pas la fine bouchepour autant : le premier roman d’Eric Holstein est hautementrecommandable, et présage d’un fort bel avenir pour son auteur. A cet égard, jetrouve personnellement dommage de ne pas voir plus souvent de bouquin, sortant -en partie – des sentiers battus et dotés d’une telle griffe stylistique. Testd’entrée réussi, pour ce qui constitue, assurément, l’un des ouvrages à lire decette fin d’année 2009. Bienvenue donc, M. Holstein, de l’autre côté du miroir.

 

 

1.      Eric Holstein a participé à ce dossier, donc jene suis pas du tout HS. Et ça permet d’en placer une pour Bifrost, parce quece dossier précisément, vous me pardonnerez le vocable de gougnafier, mais ildéchire la culotte à mémé, quelque chose de sévère. Fin de la digression.

 

 

 

Un vampire ordinaire

octobre 24th, 2009 by mysticmonkey
Cette chronique est déjà vouée aux gémonies sur ActuSF.
 
 
 
Un vampire ordinaire, de Suzy McKee Charnas, roman paru aux éditions Robert Laffont dans la collection Ailleurs & Demain en avril 2009.
  378 pages, 21 euros.
 

 

 
 
 
 
Suzy McKee Charnas est une auteure étatsunienne née en1939 à New York, officiant principalement dans les genres de la Fantasyet de la Science-Fiction. Un Vampire Ordinaire est le seul romantraduit sous nos latitudes, aux éditions Robert Laffont dans lacollection Ailleurs et demain. Et puisque la couverture ne l’indiquepas forcément, le plus remarquable est tout de même que ce roman aremporté le prix Nebula dans la catégorie Novella / court roman en1980. Suzy McKee Charnas a par ailleurs publié une quinzaine d’ouvragesainsi qu’une poignée de nouvelles (dont Nibards, prix Hugo 1990,traduite dans l’anthologie Gare au garou chez Librio).

La vie agitée d’un vampire

Le roman raconte l’histoire d’Edward Weyland, professeur d’universitéspécialisé en anthropologie, ayant repris à son compte le programmed’un collègue lui permettant de mener des expériences en laboratoiresur les rêves. Archétype du savant reclus dans son labo d’ivoire, grandéchalas aux tempes grisonnantes goûtant fort peu aux relationssociales, il n’en est pas moins doté d’un charisme magnétique, qui lerend capable d’envoûter un auditoire en une seule phrase. Et pourcause, il s’agit d’un… Vampire ! Un être surnaturel, donc, obéissantà ses propres codes et valeurs qui, on s’en doute, divergent de ceux dupéquin moyen.

Permettons-nous de mettre de côté la quatrième de couverture ; j’yreviendrais ultérieurement. Un vampire ordinaire nous relate lespéripéties de ce bon vampire balloté d’est en ouest des Etats-Unis, etqui voit son confortable quotidien de professeur célébré pour sesbrillants travaux – entrecoupé de traques destinés à assouvir sa soifde sang -, chamboulé par la brusque découverte de sa véritable naturepar une subalterne, Katje de Groot. Weyland survit de peu à laconfrontation qui s’ensuit ; très mal en point, il est récupéré par desmagouilleurs et secteux qui ont pour lui des projets pas franchementréjouissants…
 
Une vision personnelle de la figure du vampire
 
Et c’est ainsi que sont brossées, au travers de plusieurs scènesimbriquées – chacune correspondant à un chapitre – les pérégrinationsde Weyland, du Cayslin College à Albuquerque. Et, en raison de cettebougeotte aiguë, les autres personnages demeurent tout à faitsecondaires – hormis la psychanalyste et un mystique assez frappadingue– puisqu’ils n’apparaissent qu’au cours d’un chapitre. Cela nous laissetout le loisir de nous concentrer sur la figure du vampire, icidiablement introspective. Traversant les époques grâce à de fréquenteset longues hibernations, il s’agit d’un prédateur, caché sous lestraits d’une civilité un peu bourrue, doté d’un proboscis sous lalangue à l’aide duquel il pompe le sang de ses victimes qu’il ne tued’ailleurs que rarement. Il est également une certaine contre-figure del’érotomane priapique ; seuls le guident son instinct de survie et lesimpératifs de la sustentation ; le sexe n’est même pas un à-côté, justeune frivolité qui pourrait le menacer directement, au même titre que lacréation de liens sociaux. C’est là l’une des clés du roman, qui sedévoile à partir de la seconde moitié : plus Weyland côtoie leshumains, plus il court le risque de s’attacher à eux. Mais sa nature nepeut s’en accommoder ; sans sa ration de sang quotidienne, il est vouéà dépérir. Il tente donc d’étouffer tout embryon de sentiment naissant,afin de ne surtout pas être pris de compassion pour ses proies. Enun mot, le vampire ne peut et ne doit surtout pas s’humaniser, et serelègue lui-même aussi près que possible des confins de la marginalité.

Bien entendu, cela ne se fait pas sans mal, comme le montreront sesexpériences avec la psychanalyste Floria Landauer, à laquelle ils’ouvre totalement – et, à un degré moindre, avec l’un de ses collèguesà Albuquerque. La psychanalyste le confronte à une épreuve telle qu’iln’en avait encore jamais connue, et il doit se faire à la gestion desentiments pour le moins ambivalents.

A ce sujet, je me suis fait surprendre par la quatrième de couverture :l’histoire entre Weyland et la psychanalyste Floria Landaueur nedure en fait que l’espace d’un chapitre – environ un quart du roman !Certes, Weyland ne pourra jamais se défaire du souvenir de Floria, maiscette partie du roman n’en est – justement ! – qu’une partie, toutaussi intéressante et bien construite soit-elle au demeurant, mais pasl’unique angle d’approche sous lequel considérer l’ouvrage.
 
Un ouvrage recommandable

La quatrième de couv’ indique par ailleurs que « Suzy McKee Charnas atotalement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire ».

Pour ma part je trouve cette assertion un peu surfaite, mais megarderai bien d’émettre un avis tranché eu égard à la toute relative« ancienneté » du roman – presque 30 ans. Quoi qu’il en soit, il nes’agit pas d’une vision traditionnelle romantico-gothique éculée maisd’une vision beaucoup plus personnelle. Là où le roman de Suzy McKeeCharnas se distingue, c’est qu’il se déroule, à peu de chose près, dansle quotidien le plus banal, et met en scène un êtreirrémédiablement confronté à sa propre altérité et à la solitude qui endécoule – car il est et restera le seul de sa race. Au final, ceroman intimiste – et, effectivement, certainement pas dénué desensibilité – se permet le luxe de se révéler finalement assez profond,intelligent et subtil pour captiver son lecteur.

Un roman, donc, qui, sans nécessairement constituer le dessus du panierd’une collection ayant produit quelques pépites, se révèle finalementbien plus qu’honorable et trouve sans peine sa place dans le cabas desouvrages recommandables de la littérature vampirique.

Baroudeur

octobre 17th, 2009 by mysticmonkey

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Baroudeur, de Jack Vance, recueil de nouvelles paru aux éditions Les trois souhaits (ActuSF) en février 2009.
  178 pages, 9.80 euros.
 

 

 

On ne présente plus JackVance, conteur et créature d’univers hors pair. C’est à la redécouverte decinq nouvelles écrites entre 1951 et 1961 que nous convient les éditions ActuSF– Les trois souhaits. Evidemment, il est hors de question de se priver.

Dans la nouvelle ouvrant ce recueil, James Aiken, créateurd’effets spéciaux de son état, assiste dans l’hôpital du Dr. Krebius à laprojection d’un conte russe, Vassilissa, dont l’héroïne ressemble comme deuxgouttes d’eau à Carol Bannister, une jeune fille mystérieusement atteinte decécité depuis le suicide de son père, soignée à l’hôpital grâce à un appareiloptique fort peu conventionnel. Carol n’a pourtant jamais joué dans aucunmétrage. Elle finit par s’ouvrir à Aiken, manifestement porteuse d’un secretqu’il n’est pas bon de dévoiler au grand jour.

Elle ne partait pas d’une mauvaise idée, cette nouvelle.Mais elle se révèle ultra prévisible et, en plus, les deux dernières pagessont, amha, pas crédibles, voire même assez ridicules – les répliques, mondieu, les répliques ! Il flotte également un petit parfum suranné que j’aifort peu goûté. On passe.

Personnes déplacéesest une nouvelle intéressante, à n’en pas douter. Un jour, inopinément, deshumanoïdes pâlots sortent par myriades d’une béance s’ouvrant au cœur d’unvallon sur les entrailles de la terre. Ils sont bientôt plusieurs millions àsquatter les verts pâturages, et les dirigeants des grandes nations sont vitedépassés par l’épineux problème de leur relogement. Enfin… Disons plutôt qu’ilsn’ont résolument pas envie de se mouiller non plus. Ce texte est livré sous uneforme peu fréquente, puisqu’il s’agit de missives et coupures de presse. Etdans le fond, transcrit une parabole bien vue sur m’immigration, l’intolérance,la peur de l’autre (tiens, Brice H., si tu nous lis…). Un monde qui, parcequ’ « ici chacun désigne son voisin » dès lors que desdifficultés s’imposent, est tout à fait représentatif de nous autres humains dansnos travers. On regrettera tout de même une fin trèèèès rapide, comme si Vancen’avait eu qu’une envie : jeter le stylo pour passer à la nouvellesuivante ; un épilogue, à cet égard, assez décevant, mais qui n’entachepas pour autant une nouvelle de bonne facture.

Bruit, sous laforme d’un journal, relate les quelques jours passés par un homme, échoué surune planète mystérieuse où, dans un cadre bucolique, flottent quelquessilhouettes évanescentes et résonnent faiblement d’énigmatiques airs de musiquevariant selon les jours et quatre soleils de différentes teintes. Mirage, ouformes de vie d’une toute autre essence, et par conséquent fondamentalementimperceptibles ? Une nouvelle au final très contemplative, sans intrigue,anecdotique pourrait-on dire, mais qui a le mérité de se révéler poétique et dedévoiler un cadre dépaysant et bien dépeint. Toujours ça de pris.

Et puis, loin au dessus du reste du recueil, la baroque etchatoyante Papillon de Lune,témoignant d’une imagination des plus fantasques. La nouvelle relate la quêtede Thissel, chargé de mettre aux fers un assassin dangereux cabotant sur laplanète Sirène. Intrigue banale, mais mes aïeux ! quel décor !!! Carici, dans ce cadre lacustre rappelant Venise, les autochtones ne s’expriment que par le chant accompagné d’uninstrument de musique et portent en permanence des masques dont les apparats,étoffes et pierreries reflètent la condition sociale de leur porteur. Lasociété est bâtie sur des rapports de hiérarchie très stricts allant jusqu’àl’asservissement – l’esclavage y est légalisé ­–, principe perceptible par levecteur d’instruments investis d’un pouvoir symbolique puisque l’on utilise telou tel instrument  en fonction duregistre de discours adopté, de sa position sociale vis-à-vis de soninterlocuteur et de l’estime que l’on lui porte. Dire que lire une nouvelleprenant place dans un cadre si prodigieusement échafaudé est d’un grandagrément pour le lecteur relève de l’euphémisme le plus plat. Certes, j’ai toujoursdu mal avec les dialogues au moment où le danger atteint un pic (comme si, sadernière heure venue ; il était naturel de déclamer « Fichtre !Me voilà fait comme un rat ! »). On notera également que la splendeurdu cadre et l’intelligence dont témoigne la création du peuple sirénien et deses mœurs, peinent à masquer une intrigue des plus conventionnelles, certes pasmal fichue, mais loin de détonner – et ce, même si le final sort des sentiersbattus. Mais bon, en ce qui concerne cette nouvelle, c’est avec plaisir que jepasse outre ces deux défauts, parce que le cadre est sublime, le conceptsirénien admirable d’inventivité et l’insurpassable incompatibilité descultures qui en découle donne lieu à des scènes et un final peu communs et mafoi très bien vus. Papillon de Luneest la seule nouvelle de ce recueil qui mérite à mes yeux le statutd’incontournable, mais elle le mérite plutôt deux fois qu’une.

Le recueil se clôt sur une nouvelle exposant à nouveau ununivers bien esquissé ; Briar Kelly, en volant le joyau précieux d’uneconfrérie de mystiques vénérant le dieu Han, se voit promettre par ceux-ci uneagonie longue et douloureuse. Le seul moyen de s’en sortir est de franchir leportail qui l’emmènera dans une autre dimension, où siège une dodécacratie1d’entités divines, dont le fameux Han… Une nouvelle pas mal troussée, mais làaussi, trop elliptique et incongrue dans son achèvement pour convaincre. Reste,comme d’hab’, un univers bien esquissé et un pouvoir d’évocation certain.

Un recueil un peu inégal donc, mais bien écrit, visuel etcoloré,  doté de deux bons textes variantselon les goûts, témoignant en tout les cas – hormis la nouvelle d’ouverture,seule et unique que je qualifierai de résolument médiocre – d’universadmirablement dépeints et d’une authentique faculté d’évocation, deux traitscaractéristiques de l’œuvre de l’auteur. Et, au dessus de tout cela, trônemajestueusement la nouvelle Papillon deLune qui justifie presque à elle seule l’achat de ce court volume fort peuonéreux dans lequel les amateurs des univers vanciens devraient trouver leurcompte.

 

1.      S’cuzez, hein, mais la tentation du néologisme,tout ça…

Djeeb le Chanceur

octobre 2nd, 2009 by mysticmonkey

 NOTE : Cette chronique est également soumise àla vindicte populaire sur le site ActuSF, quenaturellement vous connaissez tou(te)s !

 


 
Djeeb le Chanceur, de Laurent Gidon, roman paru aux éditions Mnémos collection Fantasy en juin 2009.
  276 pages, 20 euros.


 
 
 

 
 
 
 

LaurentGidon, également connu sous nos latitudes forumesques / SFF sous lepseudonyme Don Lorenjy, est l’auteur de plusieurs nouvelles parues sousdifférents supports – à noter, sa présence au sommaire du prochainBifrost. Après un premier ouvrage jeunesse, Aria des Brumes, paru en 2008 au Navire en pleine ville, Djeeb le Chanceur est son premier roman adulte, publié par les éditions Mnémos dans la collection Fantasy.

Des péripéties en foultitude

Djeeb est une sorte de ménestrel aventurier, esthète et poseur, éprisde liberté, imbu de lui-même, rusé, couillu en diable et prêt à sefoutre dans les situations les plus périlleuses parce que le danger,c’est de l’art. Ce goût prononcé pour les péripéties les plus osées lepousse à entreprendre un voyage vers Ambeliane, une ville mystérieuseet par là même propice à assouvir son besoin d’aventures. Pasdécontenancé le moins du monde, après avoir échappé une première fois àla justice, Djeeb, par le biais de ses tours, gagne les faveurs d’unetaverne tout entière, avant de se mettre – en compagnie du trèsversatile musicien Sagace Ingfreud – au service de Petral Herold, unaristocrate huppé ayant mainmise sur la puissante Guilde Maritime. Maisle faste des palais peine à masquer un entrelacs d’intrigues,auxquelles Djeeb se trouve irrémédiablement mêlé ; quand en plus, il seretrouve malgré lui en position presque affriolante avec la toute jeunefille de son amphitryon, il n’a plus le choix : il est contraintd’aider Herold dans ses luttes de pouvoirs, sous peine de se voir livréà une justice que l’on peut juger un peu trop expéditive. Mais, toutdébrouillard qu’il soit, il demeure un simple pion sur l’échiquier, etle sort va se retourner contre lui, le livrant à l’opprobre des Grandsd’Ambeliane… Pourchassé, la baraka naturelle et invraisemblable deDjeeb ne sera pas de trop pour le sortir de ce mauvais pas… Ainsi queFran Thelisorn, ex épouse de Petral Herold, qui sent pointer comme unpetit coup de béguin pour notre héros…

Un ouvrage stylistiquement abouti

Sur une trame qui n’a fondamentalement pas grand-chose de neuf, LaurentGidon parvient à bâtir un récit prenant. Sa plume s’exprime sur un tonléger, mais finalement très travaillé, de sorte que le roman n’oubliejamais la forme. L’auteur adapte son écriture à son héros et à sonpropos. Il en sort un texte très plaisant à lire, d’un style originalet fleuri – on pourrait même dire vibrionnant, dans le bon sens duterme , et quelques paragraphes vraiment notables. Les différents vocables (architecture, musique par exemple) sont maîtrisés.
Pour aller plus loin, là où Laurent Gidon réussit un très beau coup,c’est que le style ne nuit pas à l’intrigue, mais la sert. La balanceentre le fond et la forme est admirablement dosé, et atteint sans peineson point d’équilibre.

Le texte, écrit à la troisième personne, se concentre sur le personnagede Djeeb, point focal de tout le roman. On y partage les réflexions duprincipal protagoniste, qui dissèque tous ce/ceux qui l’entourent.Djeeb analyse tout en permanence ; l’apparence physique et les mimiquesde ses semblables lui permettent de dresser un bref profilpsychologique. Plus encore : certains airs de musiques et breuvagesalcoolisés, sont conçus et décrits en fonction de la personne à qui ilssont destinés, et ce sont là des passages d’une lecture et d’un fondtrès agréables. Ce procédé, immersif, permet non seulement à chaquepersonnage d’être un peu plus qu’un simple élément de décor, au risquede parfois trop en faire – c’est le cas à certains moments pour FranThelisorn – mais en plus il sert le roman : Djeeb a déjà une chance detous les diables, mais en plus l’observation de son environnement luipermet de se sortir de toutes les situations.

De l’art de l’influence

Le livre traite en particulier des thématiques de jeux de pouvoir etd’influence ; les personnages s’utilisent les uns les autres à peu prèsen permanence, en vue de satisfaire leurs desseins, que ceux-ci soientavouables ou non. Sagace Ingfreud passe sa vie à retourner sa veste,Petral Herold use de tous les moyens pour conserver son pouvoir… MêmeDjeeb est un personnage contrasté : altruiste par moments, il n’hésitepas non plus à sacrifier les gens qui ne lui sont plus utiles (pourinvestir Ambeliane promptement, il joue un sale tour à son équipage, lelivrant tout entier à la justice de la Cité). La justice, justement,autre thématique récurrente, puisque Djeeb passe une grande partie duroman à tenter de s’y soustraire. Une justice froide, implacable, oùl’influence et le charisme tiennent une place prépondérante, bien plusque la recherche du caractère avéré ou non de la culpabilité desprévenus. Une justice qui parvient même à convaincre les inculpés de lanécessité de leur propre mort… À noter également, la relative raretédes scènes de combats – de plus, celles-ci sont très brèves et, defait, plus crédibles que de sempiternels esclandres de quinze heuressans pause amphétamines pour se revigorer les biceps…

Un très bon roman, mais un poil surfait

Néanmoins, Djeeb le Chanceur porte en lui lesdéfauts de ses qualités. On regrettera ainsi par moment le caractère unpeu trop surfait du roman, tant dans le fond que dans le forme ; jerends grâce à Laurent Gidon d’accorder une telle place au travail surl’écriture, et il réussit globalement dans cette optique. Le problèmeest qu’à tant chercher la belle tournure, certaines phrases – voireparagraphes – deviennent lourds. Ne chipotons pas trop pour autant :ces quelques lourdeurs ne sont qu’un maigre tribut permettant à uneplume très personnelle de s’exprimer. Du côté du fond, le parti prisest celui du burlesque : on ne s’étonnera donc pas du caractère quelquepeu invraisemblable de certaines péripéties. Si la plupartfonctionnent – citons à cet égard une des scènes marquantes del’ouvrage, une beuverie mémorable au cours de laquelle Djeeb signe sapropre condamnation à mort avec allégresse ; c’est loufoque, drôle etça s’insère bien dans l’histoire certaines peinent à convaincre l’achèvement miraculeux d’une petite balade aérienne grâce à un arbreen feu, par exemple, qui titille le lecteur du fait de son inutilité.
Tout existantes qu’elles soient, ces petites imperfections ne doiventen aucun cas occulter la qualité générale de l’ouvrage ; on tiqueoccasionnellement, mais le met conserve toute sa saveur.

Un passage réussi vers le roman adulte

En définitive, Djeeb le Chanceur, s’inscrivantclairement dans la littérature de divertissement, est une lecture àconseiller, très plaisante, recherchée dans son écriture, etintéressante par bien des aspects. Ça tombe bien : il paraît queLaurent Gidon a l’intention de remettre le couvert, et l’on couverad’un œil bienveillant les prochaines aventures sorties de sonimagination – que Djeeb en soit le héros, ou non.

Le Guide des Fées

septembre 6th, 2009 by mysticmonkey
 
 
 
Le Guide des Fées, de Virginie Barsagol et Audrey Cansot, essai paru aux éditions Les Trois Souhaits (ActuSF) en avril 2009.
 141pages, 10 euros.
 
 
 
 
 
 
 


 

Quand j’ai appris que lesTrois Souhaits comptaient éditer un guide des fées écrit à quatre mains pardeux universitaires, je me suis dit que je serais obligé d’y jeter un œil (etdonc, d’occasionner une nouvelle entorse à l’agglomérat de neurones censésreprésenter mon cerveau, car comme chacun sait, les universitaires sont deperfides et chafouins individus ne manquant jamais une occasion d’étaler leurscience en des termes d’une abyssale abstrusion). Au final il s’avère que ceguide, co-écrit par les jeunes diplômées (bah oui, parce que comment dire, c’estpas la première image qui vous vient quand vous êtes confrontés au terme « universitaire »)Virginie Barsagol et Audrey Cansot, se révèle beaucoup plus plaisant et « récréatif »dans le bon sens du terme que ce à quoi l’on pouvait s’attendre.

 

Loin de moi l’idée defaire un papier critique stricto sensu sur cet ouvrage, n’ayant sur les féesque des idées et connaissances par trop lacunaires. Plutôt vérifier si – etgare aux mimines si ce n’est pas le cas – l’ouvrage réussit dans l’objectifqu’il s’est fixé… euh… bon, okay, que je lui fixe – j’ai bien le droit de faireun peu mon dictateur, pas de raison, hein !… à savoir parvenir à faireappréhender à nous autres néophytes incultes et dégénérescents, le merveilleux(‘fin, pas toujours) monde des fées dans toute sa diversité.

 

Car oui, la petite ingénue,là, trois centimètres en ballerines et les bras levés, avec ses grands yeuxverts et ses petites ailes, douée d’une vertigineuse cambrure et qui vient voustoucher le bout du nez avec l’étoile ornant sa baguette magique, est uneimpostrice ! Du moins, il ne s’agit que d’une des figures de la fée – etpas la plus intéressante ! C’est que c’est là l’un des fils conducteurs duGuide : nous faire découvrir, au travers de commentaires généraux etd’exemples de fées illustrant certains modèles, les différentes figures de lafée au cours des époques, le pourquoi du changement de ces identités…

 

L’ouvrage suit un ordrechronologique agencé par siècle, proposant pour chaque siècle un certain nombrede fiches thématiques liées entre elles. Le livre offre ainsi une navigationclaire et aisée, d’autant que certaines redites (que l’amateur éclairé pourratrouver gênantes) permettent de ne pas perdre le lecteur néophyte. Au final, l’ouvrages’avère plaisant à lire et ne tombe pas dans l’excès didactique. De plus, sicomplet soit-il, le guide fonctionne également comme un instrument d’ouverture,une invitation à poursuivre l’excursion de ces contrées féériques grâce aux propositionsbibliographiques ponctuant chaque fiche.

 

Nos deux auteures ne secontentent pas d’un simple récapitulatif historique mais se proposent d’étudierla figure de la fée en tant que représentation féminine. Les fées revêtentainsi des rôles divers et évoluant selon les époques. Tour à tour reflet de lafemme dans une société au cours d’une période donnée, projection fantasmée durôle que l’on voudrait voir attribué à la femme, figure émancipatrice voirerévolutionnaire, il apparait bien vite que l’on ne peut réduire la figure de lafée aux vaines gesticulations de Clochette… Selon les auteures, la fée, certes musepour les esthètes et les conteurs, peut se voir étudiée sous un tout autreversant : il existe également des mauvaises fées inspirant la peur, desfées destructrices, des fées investi d’un très important rôle politique(certaines, en effet, conseillaient les Puissants), des fées, surtout,intimement liées à la vie de chacun, exerçant une influence considérable sur ledestin des individus – citons à cet égard les fées procurant des dons, ou lesfées « tissant les toiles du destin », dont les figures précurseursfurent les Moires de la mythologie grecque.    

 

Par ailleurs, l’ouvrage sepropose d’analyser la figure et le rôle de la figure féérique – en l’étayant d’exemplesconcrets ; on se retrouve ainsi embarqués en compagnie de Lilith, Mélusine,Morgane, Viviane, Concombre, Alcine et consorts – en la replaçant dans lecontexte historique idoine, et ce de l’antiquité au XXIème siècle.

Fées amantes ou féesmarraines au Moyen âge, dotées de grands pouvoirs, les fées y sont l’objet d’uneentreprise de persécution de la part de l’Eglise, car fondamentalementincompatible telles quelles avec la Religion. L’Eglise s’acharne donc en vain àdétruire la figure de la fée, ou à tenter de la christianiser.

Le XVIIème, marquée dusceau d’un classicisme qui laisse peu de place aux figures chimériques oumerveilleuses, n’est guère favorable aux fées qui se trouvent cantonnées àcertains cercles souvent féminins – notons que cette période voit l’écritrelatif aux fées s’enrichir de plumes féminines ! – de la Cour. Par ce quetout ce qui relève de la fantaisie est voué au mépris, la fée se trouve figurecontestataire, de liberté et vecteur de critiques d’un siècle placé sous l’égidedu rationalisme – qui aura peut être tout de même influé sur cette figure, leXVIIème siècle marquant l’arrivée de la femme-fée en lieu et place de la petitefée ailée.

 

Je vais cesser de déflorer ;on le voit, la figure de la fée est bien plus complexe à appréhender qu’on lepenserait de prime abord, et c’est cette diversité des rôles et des angles d’approchesqui fait tout l’intérêt de l’ouvrage – et m’empêche d’en faire un compte-rendu succinct,et peut être même pertinent.

 

Certains passages, à l’occasion,sont cocasses, drôles, voire délicieux. Ainsi, p. 85 : « Bref, Tanzaïparvient à fourrer l’ustensile dans la bouche de la vieille fée Concombre (…) »(Ah bah bravo les filles !)

Cette scène, donc, relatecomment le prince Tanzaï, suite à cette offense – l’ustensile en question estune écumoire, hein, je précise –, voit son sexe transformé en écumoire et, pourconjurer le sort, se voit contraint de passer une nuit torride avec la vieillefée libidineuse et frelatée doté d’un sex appeal proche de celui d’un dindonqui danserait le french cancan avec des bottes de fermière…

 

C’est ainsi une très bonneimpression qui prédomine quand vient le moment de tourner la dernière page.

 

Bon allez, reste quandmême un nombre de coquilles un peu trop élevé. Mais après tout, ce que l’ondevait attendre du bouquin au premier chef, c’est qu’il nous ouvre les portespour un voyage instructif et dépaysant – et, sans conteste, ce voyage le fut –qui nous donnerait l’envie de poursuivre avec d’autres ouvrages l’explorationdu monde féérique. Essai transformé donc, et on ne peut qu’encourager latrinité de responsables éditoriaux des Trois Souhaits (là, je viens d’ailleursde me dire qu’avec un nom pareil ils devaient immanquablement sortir ce guidetôt ou tard) à renouveler à l’occasion l’expérience sur d’autres thématiques…

 

Bon vent et que les féessoient avec vous ! (ouais parce que sinon vous êtes pas sortis del’auberge…)

 

 
 

La stratégie de l’ombre

août 28th, 2009 by mysticmonkey

 

 

 

La stratégie de l’Ombre (La saga des Ombres T.1), de Orson Scott Card, roman paru aux éditions L’Atalante / J’ai Lu en décembre 2007 (édition poche).
542 pages, 8,40 euros.
 

 

 

 

Suite à ma lecture de ses deux essais – parus aux éditionsBragelonne – relatifs à l’écriture dans nos genres littéraires de prédilection,je m’étais dit qu’il faudrait qu’à l’occasion je me plonge dans l’œuvrefictionnesque d’Orson Scott Card. Et quoi de mieux pour commencer que son cycleEnder, récompensé par le prix Hugo… (On notera à cet égard que pas moins d’unedizaine de prix littéraires différents jalonnent son parcours). Emballé, c’estpesé !

Bon, après, ceux et celles qui me connaissent savent que jesuis, au mieux, étourdi à l’extrême, au pire, complètement con etdéfinitivement irrécupérable. Bref, ce n’est qu’après avoir laissé trôner lelivre quelques mois dans ma P.A.L. que je me suis rendu compte qu’il nes’agissait pas de la Stratégie Ender maisde la Stratégie de l’Ombre… Sombrecrétin *automutilation et émasculation*.

Bref.

La Stratégie de l’Ombre, donc, est un spin-off, reprenantl’histoire de la Stratégie Ender – que je confesse ne pas connaître – enl’abordant du point de vue du « lieutenant » du sauveur-de-l’humanité-en-chefEnder Wiggin, j’ai nommé Bean.

Bean donc, gamin dont la chétivité n’a d’égale que laformidable intelligence, « grandit » dans les faubourgs de Rotterdam,où les gosses des rues se livrent une guerre sans merci, régie par la loi duplus fort. Bean, grâce à son intellect, parvient à intégrer une bande et àciviliser tout ce petit monde, ce qui lui vaut d’être repéré par la sœurCarlotta, nonne chargée – parmi d’autres – de courir le monde à la recherchedes jeunes pousses les plus talentueuses, lesquelles sont envoyées à l’Ecole deGuerre où elles sont formées à repousser l’invasion future des Doryphores,aliens insectoïdes défaits par la Flotte Internationale par le passé, mais dontla menace plane toujours sur l’humanité.

L’ouvrage relate donc le parcours de Bean dans cette école,comment, gamin le plus brillant de son espèce, il gravit tous les échelonsmalgré les barrières érigées par sa malingre constitution physique et lacrainte de ses enseignants devant cet enfant de quatre ans qui les mène enbateau… Car Bean n’est pas un enfant ordinaire, mais le fruit d’une expériencegénétique menée illégalement par un savant déglingué : seul survivantde l’expérience, il dispose d’un intellect prodigieux et en constantdéveloppement, en contrepartie d’une espérance de vie très faible.

Mais, aussi formidable fut-il, Bean demeure dans l’ombred’Ender Wiggin, autre gosse prodige, sur lequel la Flotte Internationale fondetous ses espoirs dans la lutte qui se prépare. Bean, conscient de sa supériorité,va devoir composer avec Ender ; surtout, il se rendra compte bien vite queles officiers leurs cachent la vérité sur la guerre qui se prépare, qu’elle estpeut être plus proche qu’on ne le pense et d’une toute autre nature…

Sans être un chef-d’œuvre, La Stratégie de l’Ombre n’endemeure pas moins un très bon roman, s’appuyant sur d’indéniables qualités.Orson Scott Card sait bâtir une intrigue, et plonger son lecteur dansl’histoire sans le lasser. Il en ressort un roman qui se lit vite et bien, etsans déplaisir.

La forme alterne entre troisième personne et première, lorsde séquences nous plongeant directement au cœur des pensées de Bean. La SdlOtémoigne ainsi d’une véritable profondeur psychologique et intellectuelle, aupoint de verser par instants dans l’excès. Ce qui n’est pas incohérent ensoi : Bean est censé être un prodige d’intelligence ; mais cettetendance à poser dix mille questions par paragraphes devient lourde parinstant ; elle est contrebalancée par quelques scènes d’action – comme lesbatailles d’entraînement, auxquelles ont pourra reprocher leurs redondances.Mais, le tout étant très correctement mené, on ne s’en offusque pas. Et, pourma part, le parti pris fonctionne : la narration, souvent froide etmécanique, vient à l’occasion se tempérer de quelques sentiments assezfrileux ; en ce sens, elle fait parfaitement écho aux interrogations desœur Carlotta et des officiers après découverte des origines de Bean : unindividu qui ne serait qu’intelligence pure, calculs et pragmatisme, doit-ilêtre considéré comme humain ? Card parvient à adapter sa narration à sonpersonnage principal, ce qui n’était pas nécessairement gagné d’avance. Pariréussi, et c’est là sûrement la réussite majeure du roman.

Bien construit, bien mené, bien écrit, La SdlO est un livreà conseiller même si il n’est pas exempt de défauts, d’incohérences ou depoints que l’on pourrait qualifier de litigieux. Ayant trouvé l’ouvrage debonne facture et surtout, n’ayant pas lu Le cycle Ender, je préfère balayer d’officel’argument alimentaire que laisse présager tout spin-off. En revanche : Cardest mormon de confession, comme chacun ne le sait pas forcément, eteffectivement, le propos religieux est bel et bien là, et déborde un petitchouïa de l’œuvre de fiction ; mais libre à chacun de se faire son idée là-dessus,et puis c’est quand même pas l’Apologie Prosélyte du petit Jésus fils de Marie et duTout-Puissant non plus. Par ailleurs, tout justifiés qu’ils soient par l’intrigue,le style froid et l’ambiance – une école où l’élitisme est érigé en vertu et oùle sort de la guerre repose sur des enfants de six ans, tout de même ! –peuvent déstabiliser.

On va ajouter deux trois incohérences – que Bean ait unemotricité et un intellect surdéveloppés, c’est une chose, mais ça ne m’expliquepas comment, à un an, il peut soulever le couvercle du réservoir des chiotteset survivre tout une nuit immergé jusqu’au menton dans l’eau glacé ! – et c’enest fini.

Bon, ça, c’était pour justifier ma tendance à l’enculage demouches.

Passons outre ; la stratégie de l’ombre est tout à faitrecommandable, et même plus. Parce que Orson Scott Card sait raconter unehistoire, et parce qu’il a su adapter son écriture à son personnage principal. Parceque Bean, au début aussi chaleureux et émotif que l’ordinateur sur lequel jetape cette chronique,  nous est renduattachant du fait de la conscience de sa différence et la solitude qui en découle.Parce que le roman est intelligemment écrit, et revêt une incontestable portéephilosophique et psychologique – ne serait-ce que par le questionnementvis-à-vis de l’altérité qu’il induit.

Pour toutes ces raisons, la Stratégie de l’Ombre estassurément un livre à lire, et duquel on aurait tort de passer à côté.

Dehors les chiens, les infidèles

août 21st, 2009 by mysticmonkey

Ahah, un roman dont jevoulais toucher deux mots – ça tombe mal, ma lecture n’en est plus tout à faitrécente. Pas grave, on va jouer aux équilibristes, et en cas de digressionsj’offrirais généreusement ma gorge juvénile au nœud coulant pour absoudre cespéchés…

 

 

Dehors les chiens, les infidèles, de Maïa Mazaurette, roman paru aux éditions Mnémos en octobre 2008.
296 pages, 22 euros.

 

 

 


 

Maïa Mazaurette, 30 anstout juste et journaliste de profession, bien connue sur la websphere grâce àson blog sur lequel elle aborde des sujets légers pour ne pas dire grivois,s’est fait remarquer par des ouvrages tels que La revanche du clitoris. Dehorsles chiens, les infidèles, publié chez Mnémos dans la collection Fantasy,constitue sa première incursion dans la SFFF. Autant dire que, surtout au vudes bons échos, j’attendais de pied ferme un roman qui s’éloignerait quelquepeu de ses habituelles trivialités – pas forcément désagréables au demeurant.Surtout avec un titre pareil, qui sort pour une fois des sentiers battus etrerebattus.

 

L’histoire prendplacedans, on va dire, notre moyen âge (il est fait allusion à lachrétienté, auxJuifs, à l’Inquisition… J’ai un peu de mal à parler d’uchronie, du faitdel’absence de repère géographique ouvertement Terrestre, mais bon, lesétiquettes, après tout, on s’en tamponne le front avec une queue delapin, comme disait ma regrettée professeur d"histoire).

 

Le destin du monde s’esttrouvé chamboulé par une grande Guerre entre les forces d’Auristelle – descroyants pour le moins fanatiques – et de l’Occidan Noir – les infidèles oumécréants, dirigés par l’Antépape. Ces derniers ayant forcé leur avantage, lemonde s’est trouvé plongé dans les ténèbres perpétuelles ; l’humanité apartiellement dégénéré : au mieux, les hommes se sont amaigris et ont prisun teint hâve ; d’autres ont carrément mutés, acquérant de nouveauxmembres humains ou bestiaux, et se trouvant ainsi voués à l’opprobred’Auristelle quand ces tares deviennent trop voyantes, car symbole de la marquede Lucifer. Dans cet environnement crépusculaire et chaotique, cinq adolescentssont envoyés tous les cinq ans dans une quête désespérée pour ramener l’Etoiledu Matin, artefact ayant appartenu au héros Galaad et censé ramener la Lumièresur le monde. Ces « élus » sont nommés Quêteurs, et revêtent desstatuts véritablement complémentaires : Guide, Inquisiteur, Garant de laRoyauté, Espion et Sentinelle. Nous suivons donc dans leur périple Spérance,Astasie, Cyférien, Vaast et Lièpre – j’en profite pour confesser l’agréableconsonance de ces prénoms, et de tant d’autres, qui ont en plus le mérite des’écarter des stéréotypes de la fantasy). Infiltré dans l’antre de l’OccidanNoir pour y recueillir des documents susceptibles de les aider dans leur quête,ils sont trahis par un autre groupe de Quêteur. Tandis que les armées del’Occidan Noir marchent sur Auristelle pour récupérer les documents subtilisés– manifestement cruciaux –, le groupe de Spérance se rendra compte quel’Histoire officielle fut pour le moins maquillée, et que les ennemis ne sontpas toujours ceux que l’on croit…

 

Ce roman, très fluide,brasse au final pas mal de thèmes et de choses, et dévoile page après page unevéritable richesse. La première réussite du roman tient dans la construction despersonnages. Ce n’était pas assez pour Maïa Mazaurette que de les rendre intéressants,crédibles, fouillés, elle se permet en plus le luxe de les faire évoluer – jeveux dire, évoluer vraiment. Que ce soit dans leur personnalité (hormis pourAstasie, figure la plus implacable, parfaite incarnation de l’Inquisition) ou,à plus forte raison encore, dans les relations qu’ils entretiennent les unsvis-à-vis des autres (particulièrement à partir de la dissolution des Quêteurs,prélude à des relations totalement nouvelle maintenant que la Quête, ciment deleur unité, est considérée comme achevée). Des personnages froids, cruels parmoments, plus ou moins fanatiques mais fanatiques toujours, avec lesquels onentre rarement en résonnance ; et pourtant, l’auteure parvient à lesrendre attachants, de sorte qu’on veut savoir ce qui va leur arriver.

La trame est intéressanteet se suit sans déplaisir – on notera cependant que l’alternance entre lespoints de vues de plus de cinq personnages rend le tout assez décousu, même siMaïa Mazaurette ne perd jamais le fil de son récit.

 

Le fanatisme religieuxapparaît en point d’orgue des thématiques abordées. Les forces d’Auristellesont tellement absorbées dans leur foi qu’elles n’hésitent pas à commettre lespires atrocités au nom du Seigneur ; c’est le cas à plus forte raison – ons’en serait douté – pour l’Inquisition, et à cet égard, une scène poignanteentre Astasie et un nouveau-né malformé révèle parfaitement jusqu’où peuventaller ces exaltés au nom de leur foi.

Autre thème qui endécoule, l’aryanisme, la recherche patentée de la pureté de la race. Pour lesgens d’Auristelle, la moindre tare physique révèle la marque de Satan – on estdonc en phase avec certaines « idées » qui prévalaient dans le mondemédiéval. Cet état de fait est propice à une lutte de l’intérieur intéressanteà suivre entre les « gens normaux » et les « malformés »,et qui influera ipso facto sur la fin du conflit opposant Auristelle etl’Occidan Noir. Le personnage de Cyférien, tiraillé entre les idéaux de laQuête, son extraction royale d’une part, et sa nature « malformée »d’autre part – il est doté d’une tête de chèvre et de yeux vairons – se trouvenaturellement placé au centre de cette lutte ; et cette position val’amener à évoluer radicalement, ce qui en fait, sûrement, le personnagele plus complexe et le plus intéressant.

La vérité historique et sarecherche, enfin. Au fur et à mesure du récit l’on se rend compte que les hautsfaits du héros Galaad se sont peut être bien accommodés avec la réalité, etquiconque s’obstine dans cette quête se voit confronté, au mieux, au mur dusilence, au pire, à une justice pour le moins expéditive. On ne limiterad’ailleurs pas ce thème vérité/mensonge à la seule histoire : les liensentre les personnages l’explore également – citons à cet égard le vrai/fauxlien de parenté entre Vaast et Astasie. La politique, comme souvent, estégalement le berceau du mensonge. Sous couvert de combattre l’obscurantisme etles ténèbres perpétuelles, on se rend compte assez vite qu’en réalité, les plushautes instances ecclésiastiques s’en accomodent fort bien.

 

Pas de manichéisme de basétage dans ce roman ; si Auristelle et l’Occidan Noir représentent biendeux extrêmes opposés, cette séparation ne se fait pas selon le référentiel dubien et du mal – ou alors, comme je m’en suis fait la réflexion, ils sontpresque tous mauvais mais de différentes manières. Au final, on le voit, letableau dressé des forces d’Auristelle et des principaux protagonistes n’estpas idyllique. Ca tombe bien, parce qu’en fait, on ne voit pratiquementqu’eux ; l’Occidan Noir est très peu dépeint, on se concentre beaucoupplus sur les dissensions, les luttes d’influences et les tromperies desdifférents groupes d’Auristelle, ce qui donne au roman une complexitébienvenue.

 

En résumé, un romansombre, foisonnant et original, à l’intrigue soignée et ponctuée derebondissements. Maïa Mazaurette réussit son entrée en fantasy avec brio, et jegage que même les plus récalcitrants au genre pourront lire ce livre sans le voueraux gémonies – et même, disons-le, en l’appréciant.

 

 

(Rappelons également que sortira bientôt dans la nouvelle collection Dédales, une nouvelle mouture du Pire est avenir, déjà publié chez Jacque Marie Laffont en 2004, mais manifestement (?) fortement revue et corrigée.)

 

A l’orée sombre

août 20th, 2009 by mysticmonkey
Chronique passée à la postérité et soumise à l’opprobre universel sur ActuSF

 

 

A l’orée sombre, d’ Elisabeth Ebory, recueil de nouvelles paru aux éditions Griffe d’Encre en mars 2009.
264 pages, 20 euros.

 

 

Elisabeth Ebory s’est faitconnaître en publiant depuis quelques années des nouvelles surdifférents supports, notamment dans diverses anthologies des défunteséditions de l’Oxymore. Après une nouvelle dans l’anthologie Aube &Crépuscule, elle publie son premier recueil aux éditions Griffed’Encre, sous une jolie couverture signée Amandine Labarre.

Originalité et redondance

Au menu de ce recueil, donc, treize nouvelles dont dix inédites,organisées selon un plan en trois parties, aux titres évocateurs : Le crépuscule des fugues, Dans les branchages, le souffle noir et Légère musique de pluie.

Du recueil émergent quelques thématiques récurrentes : l’emploi depersonnages relativement jeunes et en panne de repères, celle de lasolitude, de la fuite dans toutes ses dimensions (fugue dans Qu’il neige, projection dans un univers fantasmé dans À l’assaut…)ou de la distorsion de la réalité ; car cette orée sombre, c’est aussicelle de la frontière entre la réalité et le rêve, parfois bien ténue…Certaines figures classiques – des fées, des dragons, des elfes – sontreprises mais l’auteure en livre des versions assez personnelles, etpas franchement bienveillantes.
Les nouvelles se déroulent dans un environnement urbain nocturne,hormis deux trois écarts en pleine nature. L’ouvrage est plus varié ence qui concerne le sexe des personnages principaux ; de même, lanarration alterne entre la première et la troisième personne, y comprisparfois au sein d’une même nouvelle. Hétérogène sur la forme, À l’orée sombrel’est un peu moins sur le fond. La tonalité d’ensemble est plutôtsombre et la plume d’Elisabeth Ebory très fluide, agréable à lire endépit d’une tendance à la répétition – manifestement volontaire maisquand même un chouïa trop usitée. L’auteure développe son universpersonnel par le biais d’une écriture introspective, elliptique,lyrique et onirique. Certaines tendances esthétiques sont reprises enfiligrane le long du recueil : c’est le cas des nuances chromatiques,ainsi que de l’encre, par exemple ; cela concourt à la création d’uneatmosphère particulière, mais d’aucuns pourront regretter leurutilisation à outrance.

De bonnes trouvailles

Au rayon des nouvelles qui se détachent par leur qualité, signalons Qu’il neige,nouvelle d’introduction, dans laquelle un adolescent mélancolique estattiré par l’appel d’un Elfe mystérieux niché dans les arbres du parcvoisin ; phénomène qui lui rappelle curieusement la trame d’une BDappartenant à son père… Une très belle entrée en matière, à la chute unpoil prévisible mais globalement bien traitée, illustrant efficacementle contenu du recueil.
Avec Our Paradise nousnous retrouvons au cœur d’une forêt où des créatures ombrageusessortent la nuit pour « cueillir des choses qui brillent », un jeunehomme mutique attend inlassablement l’arrivée d’une « fée ». Un texteun brin elliptique mais réussi dans l’ambiance et le décor qu’elle pose.
Dans Rêve, c’estune jeune étudiante enferrée dans une morne routine qui s’évade par sesrêves. Dans l’un d’entre eux, elle rencontre un jeune homme avec quielle part en balade sur les cimes de l’arbre-étoile… Une nouvellereposant sur un effet miroir et qui, par sa douceur, contraste avec lereste du recueil.

La dernière partie – Légère musique de pluie – est peut-être la meilleure de toutes : Alexeï/Cendremet en place une trame fourmillante au milieu d’un décor fait de pluieet de miroirs brisés laissant échapper leurs "occupants". Ici aussi, lanouvelle prévaut par son ambiance.
Dans Un soir, comme on embrasse,un chanteur déchu, son groupe et un fan qui les suit partout vontdonner un concert dans une ville assez étrange. Elisabeth Ebory yexploite la figure de la fée ravisseuse. Une nouvelle intéressante parson décor et la relation qu’entretient le jeune homme vis-à-vis duchanteur.

ContrAverses achève le tout sur une bonne note, enproposant une course poursuite entre deux femmes et un jeune homme, lespremières voulant priver le second de pouvoirs magiques qu’il nemaîtrise pas. Dans cette nouvelle, les protagonistes peuvent à loisirremodeler physiquement le décor, et la magie est perceptible auxinitiés par l’intermédiaire de volutes d’encre ondulant au sein desartères de la ville.

A l’arrivée, un bon recueil malgré quelques menus défauts

Alors, évidemment, ce premier recueil n’est pas exempt de défauts.L’ensemble s’avère un peu trop redondant, et il nous arrive de butersur une répétition ou une comparaison pas tout à fait pertinente. Deuxtrois nouvelles sont plus abstruses ou anecdotiques – c’est le cas de La première aurore du nord ou de Nuit d’été – maisl’ensemble est de bonne facture. L’intérêt principal réside dans lesambiances façonnées par Elisabeth Ebory, très visuelles etréussies ; certaines nouvelles happant littéralement le lecteur. Dufantastique sombre, intimiste, introspectif, qui dévoile une plume trèspersonnelle, et à suivre dans ses futures productions.

Notons également qu’A l’orée sombre relève d’uneligne éditoriale plutôt en marge : la publication d’un premier recueild’une toute jeune auteure française œuvrant dans le domaine dufantastique est un fait plutôt rare, de nos jours… Et par voie deconséquence, à cautionner, surtout quand il s’agit – et c’est le cas –d’un bon livre. Ne boudons pas notre plaisir, donc !

 

Le Diapason des mots et des misères

juillet 25th, 2009 by mysticmonkey

Le Diapason des mots et des misères, de Jérôme Noirez, recueil de nouvelles paru aux éditions Griffe d’Encre en mai 2009.
235 pages, 20 euros.

Jérôme Noirez, musicien et écrivain né en 1969, s’est fait remarquer (nominations au Grand Prix de l’Imaginaire, au prix Merlin, au prix Imaginales, lauréat du Prix Bob Morane 2007) par plusieurs nouvelles publiées dans des anthologies et revues diverses, des ouvrages jeunesse, d’autres plus adulte : la trilogie Féeries pour les ténèbres (Nestiveqnen) et l’excellent Leçons du monde fluctuant (Denoël Lunes d’encre). Ayant souvenance de l’immense plaisir qui m’avait étreint à la lecture des tribulations de Charles Dodgson dans une colonie imaginaire originale où se côtoient vivants, morts et esprits, j’attendais avec une certaine impatience ce recueil publié aux éditions Griffe d’Encre – très recommandable pour la qualité de leurs ouvrages mais aussi pour une ligne éditoriale qui offre une chance à de nombreux jeunes auteurs.

Autant crever l’abcès de suite : affirmer qu’il s’agit là d’une réussite relève de l’euphémisme.

Le recueil s’ouvre sur une nouvelle dans laquelle je n’ai pas réussi à rentrer, qui m’a parue assez absconse. Ca parle de djinns et de pétrole. Après, c’est la déflagration.

Un mot tout d’abord sur l’écriture de Jérôme Noirez : une plume qui n’appartient définitivement qu’à lui-même, vecteur d’une prose rebutante et alambiquée par moments mais admirablement ciselée. Une grosse maîtrise des genres – il passe allègrement du lyrique à l’argot familier – et des vocables – certains passages concernant les retranscriptions sonores, un des thèmes formels récurrents de l’ouvrage, sont proprement édifiants. Un jeu constant sur les mots : avec lui aux commandes, faire chauffer le dictionnaire n’a rien d’une panacée, et c’est d’ailleurs le propre des grands auteurs que de nous emmener dans leur giron sur un chemin stylistique qu’eux seuls semblent avoir tracé.

Passées ces considérations formelles, intéressons nous au fond. Les nouvelles sont variées, tant dans les décors que plante Jérôme Noirez – on pérégrine du Japon à l’Italie en passant par la République Tchèque – que dans les genres explorés – de l’horreur du triptyque Contes pour enfants mort-nés à l’absurde d’un Feverish Train, en passant par le délire pur d’un L’apocalypse selon Huxley. Le tout alterne entre le sombre – glauque – triste, le grotesque  et le franchement désopilant – lié justement au traitement du registre de l’absurde et à des tournures savamment ciselées – mais même là, l’humour peut être morbide, grinçant, et laisser en bouche un goût assez amer. Je signale par ailleurs que les auteurs pouvant se targuer d’être réellement drôles dans leur écrits ne sont pas pléthores. Jérôme Noirez, lui, en fait partie. Naturellement, je ne me sens pas de commenter toutes les nouvelles – et d’ailleurs ça vaut mieux, vu les conneries et aberrations que je pourrais proférer. Mais de l’ensemble, d’un très bon niveau général, émergent quelques pépites, au sujet desquelles je vais toucher deux trois mots.

En premier lieu, L’Apocalypse selon Huxley, nouvelle – initialement parue dans le recueil Ouvre-toi, acte de naissance des éditions Griffe d’Encre – que j’ai eu le plaisir de découvrir. Un gros, gros, gros trip complètement barré, manifestement pondu sous l’influence de substances un peu trop psychotropes. C’est déjanté, cradingue, drôle et, en bref, une véritable réussite. Ce n’est pas pour rien que Catherine Dufour, sous une mue de préfacière qu’elle avait revêtue pour l’occasion, en fait le chef d’œuvre du recueil.

La ville somnambule, ensuite, un récit beaaaaauuucoup moins drôle, narrant la quête d’une héroïne partie chercher, dans une île peuplée de fous, son amant qui vient de céder, sous l’emprise d’une secte,  aux douces sirènes de l’auto-émasculation. Ce texte prévaut par les scènes d’introduction et de conclusion, l’atmosphère mise en place, les personnages hauts en couleur – les fous, ou les Sokols, gardiens de l’île déguisés en vautour et maintenus dans un état hypnagogique – le traitement du thème de la folie, notamment dans l’espèce de chute qui conclut le récit, et par la critique des mouvements sectaires conduisant leurs affidés vers des perspectives pas franchement réjouissante. ‘Paraît que ce récit est inspiré d’une vraie secte, et d’évènements réels. Rien que d’y penser, ça fait rêv… Euh, ça me fouaille dans l’entrejambe, mais alors quelque chose de très sévère…

Ces deux textes sont à mon sens les meilleurs du recueil. Derrière, d’autres nouvelles tirent leurs épingles du jeu.

Kesu, le gouffre sourd. Le Japon, un musicien, trois vies sur le point de basculer. Un très bon texte, dans lequel la musique joue un rôle prépondérant.

Feverish Train et La Grande Nécrose, deux textes jouant du grotesque. Le premier narre le semblant d’enquête d’un détective sur la disparition d’un fétiche dans un train parcourant un bayou. Le second relate l’arrestation, pour détournement de mineure, d’un professeur de musique par deux flics catastrophiques, clin d’œil aux Dupond-t et archétypes du beauf’, le tout dans un univers où les morts ne sont pas enterrés mais pourrissent au soleil à chaque coin de rue. Deux très bons moments de lecture.  

Shirley’s doll, très courte nouvelle dans laquelle les poupées s’animent et pensent suite à l’intrusion d’insectes dans leurs "corps".

Ce sont là mes coups de cœur personnels. Le reste se lit avec plaisir, malgré deux trois nouvelles qui ne m’ont guère parlé, pour des raisons sûrement subjectives et puis, de toute façon, c’est le propre de tous les recueils, hein.

Quoiqu’il en soit, cet ouvrage est à recommander chaudement, et quand vient le moment fatidique de tourner la dernière page, on s’arrête, on fronce les sourcils, on se gratte l’occiput avant de secouer deux trois fois la tête, et on attend – déjà ! – avec impatience la prochaine publication du bonhomme. Chapeau bas.