Archive for août, 2009

La stratégie de l’ombre

vendredi, août 28th, 2009

 

 

 

La stratégie de l’Ombre (La saga des Ombres T.1), de Orson Scott Card, roman paru aux éditions L’Atalante / J’ai Lu en décembre 2007 (édition poche).
542 pages, 8,40 euros.
 

 

 

 

Suite à ma lecture de ses deux essais – parus aux éditionsBragelonne – relatifs à l’écriture dans nos genres littéraires de prédilection,je m’étais dit qu’il faudrait qu’à l’occasion je me plonge dans l’œuvrefictionnesque d’Orson Scott Card. Et quoi de mieux pour commencer que son cycleEnder, récompensé par le prix Hugo… (On notera à cet égard que pas moins d’unedizaine de prix littéraires différents jalonnent son parcours). Emballé, c’estpesé !

Bon, après, ceux et celles qui me connaissent savent que jesuis, au mieux, étourdi à l’extrême, au pire, complètement con etdéfinitivement irrécupérable. Bref, ce n’est qu’après avoir laissé trôner lelivre quelques mois dans ma P.A.L. que je me suis rendu compte qu’il nes’agissait pas de la Stratégie Ender maisde la Stratégie de l’Ombre… Sombrecrétin *automutilation et émasculation*.

Bref.

La Stratégie de l’Ombre, donc, est un spin-off, reprenantl’histoire de la Stratégie Ender – que je confesse ne pas connaître – enl’abordant du point de vue du « lieutenant » du sauveur-de-l’humanité-en-chefEnder Wiggin, j’ai nommé Bean.

Bean donc, gamin dont la chétivité n’a d’égale que laformidable intelligence, « grandit » dans les faubourgs de Rotterdam,où les gosses des rues se livrent une guerre sans merci, régie par la loi duplus fort. Bean, grâce à son intellect, parvient à intégrer une bande et àciviliser tout ce petit monde, ce qui lui vaut d’être repéré par la sœurCarlotta, nonne chargée – parmi d’autres – de courir le monde à la recherchedes jeunes pousses les plus talentueuses, lesquelles sont envoyées à l’Ecole deGuerre où elles sont formées à repousser l’invasion future des Doryphores,aliens insectoïdes défaits par la Flotte Internationale par le passé, mais dontla menace plane toujours sur l’humanité.

L’ouvrage relate donc le parcours de Bean dans cette école,comment, gamin le plus brillant de son espèce, il gravit tous les échelonsmalgré les barrières érigées par sa malingre constitution physique et lacrainte de ses enseignants devant cet enfant de quatre ans qui les mène enbateau… Car Bean n’est pas un enfant ordinaire, mais le fruit d’une expériencegénétique menée illégalement par un savant déglingué : seul survivantde l’expérience, il dispose d’un intellect prodigieux et en constantdéveloppement, en contrepartie d’une espérance de vie très faible.

Mais, aussi formidable fut-il, Bean demeure dans l’ombred’Ender Wiggin, autre gosse prodige, sur lequel la Flotte Internationale fondetous ses espoirs dans la lutte qui se prépare. Bean, conscient de sa supériorité,va devoir composer avec Ender ; surtout, il se rendra compte bien vite queles officiers leurs cachent la vérité sur la guerre qui se prépare, qu’elle estpeut être plus proche qu’on ne le pense et d’une toute autre nature…

Sans être un chef-d’œuvre, La Stratégie de l’Ombre n’endemeure pas moins un très bon roman, s’appuyant sur d’indéniables qualités.Orson Scott Card sait bâtir une intrigue, et plonger son lecteur dansl’histoire sans le lasser. Il en ressort un roman qui se lit vite et bien, etsans déplaisir.

La forme alterne entre troisième personne et première, lorsde séquences nous plongeant directement au cœur des pensées de Bean. La SdlOtémoigne ainsi d’une véritable profondeur psychologique et intellectuelle, aupoint de verser par instants dans l’excès. Ce qui n’est pas incohérent ensoi : Bean est censé être un prodige d’intelligence ; mais cettetendance à poser dix mille questions par paragraphes devient lourde parinstant ; elle est contrebalancée par quelques scènes d’action – comme lesbatailles d’entraînement, auxquelles ont pourra reprocher leurs redondances.Mais, le tout étant très correctement mené, on ne s’en offusque pas. Et, pourma part, le parti pris fonctionne : la narration, souvent froide etmécanique, vient à l’occasion se tempérer de quelques sentiments assezfrileux ; en ce sens, elle fait parfaitement écho aux interrogations desœur Carlotta et des officiers après découverte des origines de Bean : unindividu qui ne serait qu’intelligence pure, calculs et pragmatisme, doit-ilêtre considéré comme humain ? Card parvient à adapter sa narration à sonpersonnage principal, ce qui n’était pas nécessairement gagné d’avance. Pariréussi, et c’est là sûrement la réussite majeure du roman.

Bien construit, bien mené, bien écrit, La SdlO est un livreà conseiller même si il n’est pas exempt de défauts, d’incohérences ou depoints que l’on pourrait qualifier de litigieux. Ayant trouvé l’ouvrage debonne facture et surtout, n’ayant pas lu Le cycle Ender, je préfère balayer d’officel’argument alimentaire que laisse présager tout spin-off. En revanche : Cardest mormon de confession, comme chacun ne le sait pas forcément, eteffectivement, le propos religieux est bel et bien là, et déborde un petitchouïa de l’œuvre de fiction ; mais libre à chacun de se faire son idée là-dessus,et puis c’est quand même pas l’Apologie Prosélyte du petit Jésus fils de Marie et duTout-Puissant non plus. Par ailleurs, tout justifiés qu’ils soient par l’intrigue,le style froid et l’ambiance – une école où l’élitisme est érigé en vertu et oùle sort de la guerre repose sur des enfants de six ans, tout de même ! –peuvent déstabiliser.

On va ajouter deux trois incohérences – que Bean ait unemotricité et un intellect surdéveloppés, c’est une chose, mais ça ne m’expliquepas comment, à un an, il peut soulever le couvercle du réservoir des chiotteset survivre tout une nuit immergé jusqu’au menton dans l’eau glacé ! – et c’enest fini.

Bon, ça, c’était pour justifier ma tendance à l’enculage demouches.

Passons outre ; la stratégie de l’ombre est tout à faitrecommandable, et même plus. Parce que Orson Scott Card sait raconter unehistoire, et parce qu’il a su adapter son écriture à son personnage principal. Parceque Bean, au début aussi chaleureux et émotif que l’ordinateur sur lequel jetape cette chronique,  nous est renduattachant du fait de la conscience de sa différence et la solitude qui en découle.Parce que le roman est intelligemment écrit, et revêt une incontestable portéephilosophique et psychologique – ne serait-ce que par le questionnementvis-à-vis de l’altérité qu’il induit.

Pour toutes ces raisons, la Stratégie de l’Ombre estassurément un livre à lire, et duquel on aurait tort de passer à côté.

Dehors les chiens, les infidèles

vendredi, août 21st, 2009

Ahah, un roman dont jevoulais toucher deux mots – ça tombe mal, ma lecture n’en est plus tout à faitrécente. Pas grave, on va jouer aux équilibristes, et en cas de digressionsj’offrirais généreusement ma gorge juvénile au nœud coulant pour absoudre cespéchés…

 

 

Dehors les chiens, les infidèles, de Maïa Mazaurette, roman paru aux éditions Mnémos en octobre 2008.
296 pages, 22 euros.

 

 

 


 

Maïa Mazaurette, 30 anstout juste et journaliste de profession, bien connue sur la websphere grâce àson blog sur lequel elle aborde des sujets légers pour ne pas dire grivois,s’est fait remarquer par des ouvrages tels que La revanche du clitoris. Dehorsles chiens, les infidèles, publié chez Mnémos dans la collection Fantasy,constitue sa première incursion dans la SFFF. Autant dire que, surtout au vudes bons échos, j’attendais de pied ferme un roman qui s’éloignerait quelquepeu de ses habituelles trivialités – pas forcément désagréables au demeurant.Surtout avec un titre pareil, qui sort pour une fois des sentiers battus etrerebattus.

 

L’histoire prendplacedans, on va dire, notre moyen âge (il est fait allusion à lachrétienté, auxJuifs, à l’Inquisition… J’ai un peu de mal à parler d’uchronie, du faitdel’absence de repère géographique ouvertement Terrestre, mais bon, lesétiquettes, après tout, on s’en tamponne le front avec une queue delapin, comme disait ma regrettée professeur d"histoire).

 

Le destin du monde s’esttrouvé chamboulé par une grande Guerre entre les forces d’Auristelle – descroyants pour le moins fanatiques – et de l’Occidan Noir – les infidèles oumécréants, dirigés par l’Antépape. Ces derniers ayant forcé leur avantage, lemonde s’est trouvé plongé dans les ténèbres perpétuelles ; l’humanité apartiellement dégénéré : au mieux, les hommes se sont amaigris et ont prisun teint hâve ; d’autres ont carrément mutés, acquérant de nouveauxmembres humains ou bestiaux, et se trouvant ainsi voués à l’opprobred’Auristelle quand ces tares deviennent trop voyantes, car symbole de la marquede Lucifer. Dans cet environnement crépusculaire et chaotique, cinq adolescentssont envoyés tous les cinq ans dans une quête désespérée pour ramener l’Etoiledu Matin, artefact ayant appartenu au héros Galaad et censé ramener la Lumièresur le monde. Ces « élus » sont nommés Quêteurs, et revêtent desstatuts véritablement complémentaires : Guide, Inquisiteur, Garant de laRoyauté, Espion et Sentinelle. Nous suivons donc dans leur périple Spérance,Astasie, Cyférien, Vaast et Lièpre – j’en profite pour confesser l’agréableconsonance de ces prénoms, et de tant d’autres, qui ont en plus le mérite des’écarter des stéréotypes de la fantasy). Infiltré dans l’antre de l’OccidanNoir pour y recueillir des documents susceptibles de les aider dans leur quête,ils sont trahis par un autre groupe de Quêteur. Tandis que les armées del’Occidan Noir marchent sur Auristelle pour récupérer les documents subtilisés– manifestement cruciaux –, le groupe de Spérance se rendra compte quel’Histoire officielle fut pour le moins maquillée, et que les ennemis ne sontpas toujours ceux que l’on croit…

 

Ce roman, très fluide,brasse au final pas mal de thèmes et de choses, et dévoile page après page unevéritable richesse. La première réussite du roman tient dans la construction despersonnages. Ce n’était pas assez pour Maïa Mazaurette que de les rendre intéressants,crédibles, fouillés, elle se permet en plus le luxe de les faire évoluer – jeveux dire, évoluer vraiment. Que ce soit dans leur personnalité (hormis pourAstasie, figure la plus implacable, parfaite incarnation de l’Inquisition) ou,à plus forte raison encore, dans les relations qu’ils entretiennent les unsvis-à-vis des autres (particulièrement à partir de la dissolution des Quêteurs,prélude à des relations totalement nouvelle maintenant que la Quête, ciment deleur unité, est considérée comme achevée). Des personnages froids, cruels parmoments, plus ou moins fanatiques mais fanatiques toujours, avec lesquels onentre rarement en résonnance ; et pourtant, l’auteure parvient à lesrendre attachants, de sorte qu’on veut savoir ce qui va leur arriver.

La trame est intéressanteet se suit sans déplaisir – on notera cependant que l’alternance entre lespoints de vues de plus de cinq personnages rend le tout assez décousu, même siMaïa Mazaurette ne perd jamais le fil de son récit.

 

Le fanatisme religieuxapparaît en point d’orgue des thématiques abordées. Les forces d’Auristellesont tellement absorbées dans leur foi qu’elles n’hésitent pas à commettre lespires atrocités au nom du Seigneur ; c’est le cas à plus forte raison – ons’en serait douté – pour l’Inquisition, et à cet égard, une scène poignanteentre Astasie et un nouveau-né malformé révèle parfaitement jusqu’où peuventaller ces exaltés au nom de leur foi.

Autre thème qui endécoule, l’aryanisme, la recherche patentée de la pureté de la race. Pour lesgens d’Auristelle, la moindre tare physique révèle la marque de Satan – on estdonc en phase avec certaines « idées » qui prévalaient dans le mondemédiéval. Cet état de fait est propice à une lutte de l’intérieur intéressanteà suivre entre les « gens normaux » et les « malformés »,et qui influera ipso facto sur la fin du conflit opposant Auristelle etl’Occidan Noir. Le personnage de Cyférien, tiraillé entre les idéaux de laQuête, son extraction royale d’une part, et sa nature « malformée »d’autre part – il est doté d’une tête de chèvre et de yeux vairons – se trouvenaturellement placé au centre de cette lutte ; et cette position val’amener à évoluer radicalement, ce qui en fait, sûrement, le personnagele plus complexe et le plus intéressant.

La vérité historique et sarecherche, enfin. Au fur et à mesure du récit l’on se rend compte que les hautsfaits du héros Galaad se sont peut être bien accommodés avec la réalité, etquiconque s’obstine dans cette quête se voit confronté, au mieux, au mur dusilence, au pire, à une justice pour le moins expéditive. On ne limiterad’ailleurs pas ce thème vérité/mensonge à la seule histoire : les liensentre les personnages l’explore également – citons à cet égard le vrai/fauxlien de parenté entre Vaast et Astasie. La politique, comme souvent, estégalement le berceau du mensonge. Sous couvert de combattre l’obscurantisme etles ténèbres perpétuelles, on se rend compte assez vite qu’en réalité, les plushautes instances ecclésiastiques s’en accomodent fort bien.

 

Pas de manichéisme de basétage dans ce roman ; si Auristelle et l’Occidan Noir représentent biendeux extrêmes opposés, cette séparation ne se fait pas selon le référentiel dubien et du mal – ou alors, comme je m’en suis fait la réflexion, ils sontpresque tous mauvais mais de différentes manières. Au final, on le voit, letableau dressé des forces d’Auristelle et des principaux protagonistes n’estpas idyllique. Ca tombe bien, parce qu’en fait, on ne voit pratiquementqu’eux ; l’Occidan Noir est très peu dépeint, on se concentre beaucoupplus sur les dissensions, les luttes d’influences et les tromperies desdifférents groupes d’Auristelle, ce qui donne au roman une complexitébienvenue.

 

En résumé, un romansombre, foisonnant et original, à l’intrigue soignée et ponctuée derebondissements. Maïa Mazaurette réussit son entrée en fantasy avec brio, et jegage que même les plus récalcitrants au genre pourront lire ce livre sans le voueraux gémonies – et même, disons-le, en l’appréciant.

 

 

(Rappelons également que sortira bientôt dans la nouvelle collection Dédales, une nouvelle mouture du Pire est avenir, déjà publié chez Jacque Marie Laffont en 2004, mais manifestement (?) fortement revue et corrigée.)

 

A l’orée sombre

jeudi, août 20th, 2009
Chronique passée à la postérité et soumise à l’opprobre universel sur ActuSF

 

 

A l’orée sombre, d’ Elisabeth Ebory, recueil de nouvelles paru aux éditions Griffe d’Encre en mars 2009.
264 pages, 20 euros.

 

 

Elisabeth Ebory s’est faitconnaître en publiant depuis quelques années des nouvelles surdifférents supports, notamment dans diverses anthologies des défunteséditions de l’Oxymore. Après une nouvelle dans l’anthologie Aube &Crépuscule, elle publie son premier recueil aux éditions Griffed’Encre, sous une jolie couverture signée Amandine Labarre.

Originalité et redondance

Au menu de ce recueil, donc, treize nouvelles dont dix inédites,organisées selon un plan en trois parties, aux titres évocateurs : Le crépuscule des fugues, Dans les branchages, le souffle noir et Légère musique de pluie.

Du recueil émergent quelques thématiques récurrentes : l’emploi depersonnages relativement jeunes et en panne de repères, celle de lasolitude, de la fuite dans toutes ses dimensions (fugue dans Qu’il neige, projection dans un univers fantasmé dans À l’assaut…)ou de la distorsion de la réalité ; car cette orée sombre, c’est aussicelle de la frontière entre la réalité et le rêve, parfois bien ténue…Certaines figures classiques – des fées, des dragons, des elfes – sontreprises mais l’auteure en livre des versions assez personnelles, etpas franchement bienveillantes.
Les nouvelles se déroulent dans un environnement urbain nocturne,hormis deux trois écarts en pleine nature. L’ouvrage est plus varié ence qui concerne le sexe des personnages principaux ; de même, lanarration alterne entre la première et la troisième personne, y comprisparfois au sein d’une même nouvelle. Hétérogène sur la forme, À l’orée sombrel’est un peu moins sur le fond. La tonalité d’ensemble est plutôtsombre et la plume d’Elisabeth Ebory très fluide, agréable à lire endépit d’une tendance à la répétition – manifestement volontaire maisquand même un chouïa trop usitée. L’auteure développe son universpersonnel par le biais d’une écriture introspective, elliptique,lyrique et onirique. Certaines tendances esthétiques sont reprises enfiligrane le long du recueil : c’est le cas des nuances chromatiques,ainsi que de l’encre, par exemple ; cela concourt à la création d’uneatmosphère particulière, mais d’aucuns pourront regretter leurutilisation à outrance.

De bonnes trouvailles

Au rayon des nouvelles qui se détachent par leur qualité, signalons Qu’il neige,nouvelle d’introduction, dans laquelle un adolescent mélancolique estattiré par l’appel d’un Elfe mystérieux niché dans les arbres du parcvoisin ; phénomène qui lui rappelle curieusement la trame d’une BDappartenant à son père… Une très belle entrée en matière, à la chute unpoil prévisible mais globalement bien traitée, illustrant efficacementle contenu du recueil.
Avec Our Paradise nousnous retrouvons au cœur d’une forêt où des créatures ombrageusessortent la nuit pour « cueillir des choses qui brillent », un jeunehomme mutique attend inlassablement l’arrivée d’une « fée ». Un texteun brin elliptique mais réussi dans l’ambiance et le décor qu’elle pose.
Dans Rêve, c’estune jeune étudiante enferrée dans une morne routine qui s’évade par sesrêves. Dans l’un d’entre eux, elle rencontre un jeune homme avec quielle part en balade sur les cimes de l’arbre-étoile… Une nouvellereposant sur un effet miroir et qui, par sa douceur, contraste avec lereste du recueil.

La dernière partie – Légère musique de pluie – est peut-être la meilleure de toutes : Alexeï/Cendremet en place une trame fourmillante au milieu d’un décor fait de pluieet de miroirs brisés laissant échapper leurs "occupants". Ici aussi, lanouvelle prévaut par son ambiance.
Dans Un soir, comme on embrasse,un chanteur déchu, son groupe et un fan qui les suit partout vontdonner un concert dans une ville assez étrange. Elisabeth Ebory yexploite la figure de la fée ravisseuse. Une nouvelle intéressante parson décor et la relation qu’entretient le jeune homme vis-à-vis duchanteur.

ContrAverses achève le tout sur une bonne note, enproposant une course poursuite entre deux femmes et un jeune homme, lespremières voulant priver le second de pouvoirs magiques qu’il nemaîtrise pas. Dans cette nouvelle, les protagonistes peuvent à loisirremodeler physiquement le décor, et la magie est perceptible auxinitiés par l’intermédiaire de volutes d’encre ondulant au sein desartères de la ville.

A l’arrivée, un bon recueil malgré quelques menus défauts

Alors, évidemment, ce premier recueil n’est pas exempt de défauts.L’ensemble s’avère un peu trop redondant, et il nous arrive de butersur une répétition ou une comparaison pas tout à fait pertinente. Deuxtrois nouvelles sont plus abstruses ou anecdotiques – c’est le cas de La première aurore du nord ou de Nuit d’été – maisl’ensemble est de bonne facture. L’intérêt principal réside dans lesambiances façonnées par Elisabeth Ebory, très visuelles etréussies ; certaines nouvelles happant littéralement le lecteur. Dufantastique sombre, intimiste, introspectif, qui dévoile une plume trèspersonnelle, et à suivre dans ses futures productions.

Notons également qu’A l’orée sombre relève d’uneligne éditoriale plutôt en marge : la publication d’un premier recueild’une toute jeune auteure française œuvrant dans le domaine dufantastique est un fait plutôt rare, de nos jours… Et par voie deconséquence, à cautionner, surtout quand il s’agit – et c’est le cas –d’un bon livre. Ne boudons pas notre plaisir, donc !