Archive for octobre, 2009

Un vampire ordinaire

samedi, octobre 24th, 2009
Cette chronique est déjà vouée aux gémonies sur ActuSF.
 
 
 
Un vampire ordinaire, de Suzy McKee Charnas, roman paru aux éditions Robert Laffont dans la collection Ailleurs & Demain en avril 2009.
  378 pages, 21 euros.
 

 

 
 
 
 
Suzy McKee Charnas est une auteure étatsunienne née en1939 à New York, officiant principalement dans les genres de la Fantasyet de la Science-Fiction. Un Vampire Ordinaire est le seul romantraduit sous nos latitudes, aux éditions Robert Laffont dans lacollection Ailleurs et demain. Et puisque la couverture ne l’indiquepas forcément, le plus remarquable est tout de même que ce roman aremporté le prix Nebula dans la catégorie Novella / court roman en1980. Suzy McKee Charnas a par ailleurs publié une quinzaine d’ouvragesainsi qu’une poignée de nouvelles (dont Nibards, prix Hugo 1990,traduite dans l’anthologie Gare au garou chez Librio).

La vie agitée d’un vampire

Le roman raconte l’histoire d’Edward Weyland, professeur d’universitéspécialisé en anthropologie, ayant repris à son compte le programmed’un collègue lui permettant de mener des expériences en laboratoiresur les rêves. Archétype du savant reclus dans son labo d’ivoire, grandéchalas aux tempes grisonnantes goûtant fort peu aux relationssociales, il n’en est pas moins doté d’un charisme magnétique, qui lerend capable d’envoûter un auditoire en une seule phrase. Et pourcause, il s’agit d’un… Vampire ! Un être surnaturel, donc, obéissantà ses propres codes et valeurs qui, on s’en doute, divergent de ceux dupéquin moyen.

Permettons-nous de mettre de côté la quatrième de couverture ; j’yreviendrais ultérieurement. Un vampire ordinaire nous relate lespéripéties de ce bon vampire balloté d’est en ouest des Etats-Unis, etqui voit son confortable quotidien de professeur célébré pour sesbrillants travaux – entrecoupé de traques destinés à assouvir sa soifde sang -, chamboulé par la brusque découverte de sa véritable naturepar une subalterne, Katje de Groot. Weyland survit de peu à laconfrontation qui s’ensuit ; très mal en point, il est récupéré par desmagouilleurs et secteux qui ont pour lui des projets pas franchementréjouissants…
 
Une vision personnelle de la figure du vampire
 
Et c’est ainsi que sont brossées, au travers de plusieurs scènesimbriquées – chacune correspondant à un chapitre – les pérégrinationsde Weyland, du Cayslin College à Albuquerque. Et, en raison de cettebougeotte aiguë, les autres personnages demeurent tout à faitsecondaires – hormis la psychanalyste et un mystique assez frappadingue– puisqu’ils n’apparaissent qu’au cours d’un chapitre. Cela nous laissetout le loisir de nous concentrer sur la figure du vampire, icidiablement introspective. Traversant les époques grâce à de fréquenteset longues hibernations, il s’agit d’un prédateur, caché sous lestraits d’une civilité un peu bourrue, doté d’un proboscis sous lalangue à l’aide duquel il pompe le sang de ses victimes qu’il ne tued’ailleurs que rarement. Il est également une certaine contre-figure del’érotomane priapique ; seuls le guident son instinct de survie et lesimpératifs de la sustentation ; le sexe n’est même pas un à-côté, justeune frivolité qui pourrait le menacer directement, au même titre que lacréation de liens sociaux. C’est là l’une des clés du roman, qui sedévoile à partir de la seconde moitié : plus Weyland côtoie leshumains, plus il court le risque de s’attacher à eux. Mais sa nature nepeut s’en accommoder ; sans sa ration de sang quotidienne, il est vouéà dépérir. Il tente donc d’étouffer tout embryon de sentiment naissant,afin de ne surtout pas être pris de compassion pour ses proies. Enun mot, le vampire ne peut et ne doit surtout pas s’humaniser, et serelègue lui-même aussi près que possible des confins de la marginalité.

Bien entendu, cela ne se fait pas sans mal, comme le montreront sesexpériences avec la psychanalyste Floria Landauer, à laquelle ils’ouvre totalement – et, à un degré moindre, avec l’un de ses collèguesà Albuquerque. La psychanalyste le confronte à une épreuve telle qu’iln’en avait encore jamais connue, et il doit se faire à la gestion desentiments pour le moins ambivalents.

A ce sujet, je me suis fait surprendre par la quatrième de couverture :l’histoire entre Weyland et la psychanalyste Floria Landaueur nedure en fait que l’espace d’un chapitre – environ un quart du roman !Certes, Weyland ne pourra jamais se défaire du souvenir de Floria, maiscette partie du roman n’en est – justement ! – qu’une partie, toutaussi intéressante et bien construite soit-elle au demeurant, mais pasl’unique angle d’approche sous lequel considérer l’ouvrage.
 
Un ouvrage recommandable

La quatrième de couv’ indique par ailleurs que « Suzy McKee Charnas atotalement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire ».

Pour ma part je trouve cette assertion un peu surfaite, mais megarderai bien d’émettre un avis tranché eu égard à la toute relative« ancienneté » du roman – presque 30 ans. Quoi qu’il en soit, il nes’agit pas d’une vision traditionnelle romantico-gothique éculée maisd’une vision beaucoup plus personnelle. Là où le roman de Suzy McKeeCharnas se distingue, c’est qu’il se déroule, à peu de chose près, dansle quotidien le plus banal, et met en scène un êtreirrémédiablement confronté à sa propre altérité et à la solitude qui endécoule – car il est et restera le seul de sa race. Au final, ceroman intimiste – et, effectivement, certainement pas dénué desensibilité – se permet le luxe de se révéler finalement assez profond,intelligent et subtil pour captiver son lecteur.

Un roman, donc, qui, sans nécessairement constituer le dessus du panierd’une collection ayant produit quelques pépites, se révèle finalementbien plus qu’honorable et trouve sans peine sa place dans le cabas desouvrages recommandables de la littérature vampirique.

Baroudeur

samedi, octobre 17th, 2009

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Baroudeur, de Jack Vance, recueil de nouvelles paru aux éditions Les trois souhaits (ActuSF) en février 2009.
  178 pages, 9.80 euros.
 

 

 

On ne présente plus JackVance, conteur et créature d’univers hors pair. C’est à la redécouverte decinq nouvelles écrites entre 1951 et 1961 que nous convient les éditions ActuSF– Les trois souhaits. Evidemment, il est hors de question de se priver.

Dans la nouvelle ouvrant ce recueil, James Aiken, créateurd’effets spéciaux de son état, assiste dans l’hôpital du Dr. Krebius à laprojection d’un conte russe, Vassilissa, dont l’héroïne ressemble comme deuxgouttes d’eau à Carol Bannister, une jeune fille mystérieusement atteinte decécité depuis le suicide de son père, soignée à l’hôpital grâce à un appareiloptique fort peu conventionnel. Carol n’a pourtant jamais joué dans aucunmétrage. Elle finit par s’ouvrir à Aiken, manifestement porteuse d’un secretqu’il n’est pas bon de dévoiler au grand jour.

Elle ne partait pas d’une mauvaise idée, cette nouvelle.Mais elle se révèle ultra prévisible et, en plus, les deux dernières pagessont, amha, pas crédibles, voire même assez ridicules – les répliques, mondieu, les répliques ! Il flotte également un petit parfum suranné que j’aifort peu goûté. On passe.

Personnes déplacéesest une nouvelle intéressante, à n’en pas douter. Un jour, inopinément, deshumanoïdes pâlots sortent par myriades d’une béance s’ouvrant au cœur d’unvallon sur les entrailles de la terre. Ils sont bientôt plusieurs millions àsquatter les verts pâturages, et les dirigeants des grandes nations sont vitedépassés par l’épineux problème de leur relogement. Enfin… Disons plutôt qu’ilsn’ont résolument pas envie de se mouiller non plus. Ce texte est livré sous uneforme peu fréquente, puisqu’il s’agit de missives et coupures de presse. Etdans le fond, transcrit une parabole bien vue sur m’immigration, l’intolérance,la peur de l’autre (tiens, Brice H., si tu nous lis…). Un monde qui, parcequ’ « ici chacun désigne son voisin » dès lors que desdifficultés s’imposent, est tout à fait représentatif de nous autres humains dansnos travers. On regrettera tout de même une fin trèèèès rapide, comme si Vancen’avait eu qu’une envie : jeter le stylo pour passer à la nouvellesuivante ; un épilogue, à cet égard, assez décevant, mais qui n’entachepas pour autant une nouvelle de bonne facture.

Bruit, sous laforme d’un journal, relate les quelques jours passés par un homme, échoué surune planète mystérieuse où, dans un cadre bucolique, flottent quelquessilhouettes évanescentes et résonnent faiblement d’énigmatiques airs de musiquevariant selon les jours et quatre soleils de différentes teintes. Mirage, ouformes de vie d’une toute autre essence, et par conséquent fondamentalementimperceptibles ? Une nouvelle au final très contemplative, sans intrigue,anecdotique pourrait-on dire, mais qui a le mérité de se révéler poétique et dedévoiler un cadre dépaysant et bien dépeint. Toujours ça de pris.

Et puis, loin au dessus du reste du recueil, la baroque etchatoyante Papillon de Lune,témoignant d’une imagination des plus fantasques. La nouvelle relate la quêtede Thissel, chargé de mettre aux fers un assassin dangereux cabotant sur laplanète Sirène. Intrigue banale, mais mes aïeux ! quel décor !!! Carici, dans ce cadre lacustre rappelant Venise, les autochtones ne s’expriment que par le chant accompagné d’uninstrument de musique et portent en permanence des masques dont les apparats,étoffes et pierreries reflètent la condition sociale de leur porteur. Lasociété est bâtie sur des rapports de hiérarchie très stricts allant jusqu’àl’asservissement – l’esclavage y est légalisé ­–, principe perceptible par levecteur d’instruments investis d’un pouvoir symbolique puisque l’on utilise telou tel instrument  en fonction duregistre de discours adopté, de sa position sociale vis-à-vis de soninterlocuteur et de l’estime que l’on lui porte. Dire que lire une nouvelleprenant place dans un cadre si prodigieusement échafaudé est d’un grandagrément pour le lecteur relève de l’euphémisme le plus plat. Certes, j’ai toujoursdu mal avec les dialogues au moment où le danger atteint un pic (comme si, sadernière heure venue ; il était naturel de déclamer « Fichtre !Me voilà fait comme un rat ! »). On notera également que la splendeurdu cadre et l’intelligence dont témoigne la création du peuple sirénien et deses mœurs, peinent à masquer une intrigue des plus conventionnelles, certes pasmal fichue, mais loin de détonner – et ce, même si le final sort des sentiersbattus. Mais bon, en ce qui concerne cette nouvelle, c’est avec plaisir que jepasse outre ces deux défauts, parce que le cadre est sublime, le conceptsirénien admirable d’inventivité et l’insurpassable incompatibilité descultures qui en découle donne lieu à des scènes et un final peu communs et mafoi très bien vus. Papillon de Luneest la seule nouvelle de ce recueil qui mérite à mes yeux le statutd’incontournable, mais elle le mérite plutôt deux fois qu’une.

Le recueil se clôt sur une nouvelle exposant à nouveau ununivers bien esquissé ; Briar Kelly, en volant le joyau précieux d’uneconfrérie de mystiques vénérant le dieu Han, se voit promettre par ceux-ci uneagonie longue et douloureuse. Le seul moyen de s’en sortir est de franchir leportail qui l’emmènera dans une autre dimension, où siège une dodécacratie1d’entités divines, dont le fameux Han… Une nouvelle pas mal troussée, mais làaussi, trop elliptique et incongrue dans son achèvement pour convaincre. Reste,comme d’hab’, un univers bien esquissé et un pouvoir d’évocation certain.

Un recueil un peu inégal donc, mais bien écrit, visuel etcoloré,  doté de deux bons textes variantselon les goûts, témoignant en tout les cas – hormis la nouvelle d’ouverture,seule et unique que je qualifierai de résolument médiocre – d’universadmirablement dépeints et d’une authentique faculté d’évocation, deux traitscaractéristiques de l’œuvre de l’auteur. Et, au dessus de tout cela, trônemajestueusement la nouvelle Papillon deLune qui justifie presque à elle seule l’achat de ce court volume fort peuonéreux dans lequel les amateurs des univers vanciens devraient trouver leurcompte.

 

1.      S’cuzez, hein, mais la tentation du néologisme,tout ça…

Djeeb le Chanceur

vendredi, octobre 2nd, 2009

 NOTE : Cette chronique est également soumise àla vindicte populaire sur le site ActuSF, quenaturellement vous connaissez tou(te)s !

 


 
Djeeb le Chanceur, de Laurent Gidon, roman paru aux éditions Mnémos collection Fantasy en juin 2009.
  276 pages, 20 euros.


 
 
 

 
 
 
 

LaurentGidon, également connu sous nos latitudes forumesques / SFF sous lepseudonyme Don Lorenjy, est l’auteur de plusieurs nouvelles parues sousdifférents supports – à noter, sa présence au sommaire du prochainBifrost. Après un premier ouvrage jeunesse, Aria des Brumes, paru en 2008 au Navire en pleine ville, Djeeb le Chanceur est son premier roman adulte, publié par les éditions Mnémos dans la collection Fantasy.

Des péripéties en foultitude

Djeeb est une sorte de ménestrel aventurier, esthète et poseur, éprisde liberté, imbu de lui-même, rusé, couillu en diable et prêt à sefoutre dans les situations les plus périlleuses parce que le danger,c’est de l’art. Ce goût prononcé pour les péripéties les plus osées lepousse à entreprendre un voyage vers Ambeliane, une ville mystérieuseet par là même propice à assouvir son besoin d’aventures. Pasdécontenancé le moins du monde, après avoir échappé une première fois àla justice, Djeeb, par le biais de ses tours, gagne les faveurs d’unetaverne tout entière, avant de se mettre – en compagnie du trèsversatile musicien Sagace Ingfreud – au service de Petral Herold, unaristocrate huppé ayant mainmise sur la puissante Guilde Maritime. Maisle faste des palais peine à masquer un entrelacs d’intrigues,auxquelles Djeeb se trouve irrémédiablement mêlé ; quand en plus, il seretrouve malgré lui en position presque affriolante avec la toute jeunefille de son amphitryon, il n’a plus le choix : il est contraintd’aider Herold dans ses luttes de pouvoirs, sous peine de se voir livréà une justice que l’on peut juger un peu trop expéditive. Mais, toutdébrouillard qu’il soit, il demeure un simple pion sur l’échiquier, etle sort va se retourner contre lui, le livrant à l’opprobre des Grandsd’Ambeliane… Pourchassé, la baraka naturelle et invraisemblable deDjeeb ne sera pas de trop pour le sortir de ce mauvais pas… Ainsi queFran Thelisorn, ex épouse de Petral Herold, qui sent pointer comme unpetit coup de béguin pour notre héros…

Un ouvrage stylistiquement abouti

Sur une trame qui n’a fondamentalement pas grand-chose de neuf, LaurentGidon parvient à bâtir un récit prenant. Sa plume s’exprime sur un tonléger, mais finalement très travaillé, de sorte que le roman n’oubliejamais la forme. L’auteur adapte son écriture à son héros et à sonpropos. Il en sort un texte très plaisant à lire, d’un style originalet fleuri – on pourrait même dire vibrionnant, dans le bon sens duterme , et quelques paragraphes vraiment notables. Les différents vocables (architecture, musique par exemple) sont maîtrisés.
Pour aller plus loin, là où Laurent Gidon réussit un très beau coup,c’est que le style ne nuit pas à l’intrigue, mais la sert. La balanceentre le fond et la forme est admirablement dosé, et atteint sans peineson point d’équilibre.

Le texte, écrit à la troisième personne, se concentre sur le personnagede Djeeb, point focal de tout le roman. On y partage les réflexions duprincipal protagoniste, qui dissèque tous ce/ceux qui l’entourent.Djeeb analyse tout en permanence ; l’apparence physique et les mimiquesde ses semblables lui permettent de dresser un bref profilpsychologique. Plus encore : certains airs de musiques et breuvagesalcoolisés, sont conçus et décrits en fonction de la personne à qui ilssont destinés, et ce sont là des passages d’une lecture et d’un fondtrès agréables. Ce procédé, immersif, permet non seulement à chaquepersonnage d’être un peu plus qu’un simple élément de décor, au risquede parfois trop en faire – c’est le cas à certains moments pour FranThelisorn – mais en plus il sert le roman : Djeeb a déjà une chance detous les diables, mais en plus l’observation de son environnement luipermet de se sortir de toutes les situations.

De l’art de l’influence

Le livre traite en particulier des thématiques de jeux de pouvoir etd’influence ; les personnages s’utilisent les uns les autres à peu prèsen permanence, en vue de satisfaire leurs desseins, que ceux-ci soientavouables ou non. Sagace Ingfreud passe sa vie à retourner sa veste,Petral Herold use de tous les moyens pour conserver son pouvoir… MêmeDjeeb est un personnage contrasté : altruiste par moments, il n’hésitepas non plus à sacrifier les gens qui ne lui sont plus utiles (pourinvestir Ambeliane promptement, il joue un sale tour à son équipage, lelivrant tout entier à la justice de la Cité). La justice, justement,autre thématique récurrente, puisque Djeeb passe une grande partie duroman à tenter de s’y soustraire. Une justice froide, implacable, oùl’influence et le charisme tiennent une place prépondérante, bien plusque la recherche du caractère avéré ou non de la culpabilité desprévenus. Une justice qui parvient même à convaincre les inculpés de lanécessité de leur propre mort… À noter également, la relative raretédes scènes de combats – de plus, celles-ci sont très brèves et, defait, plus crédibles que de sempiternels esclandres de quinze heuressans pause amphétamines pour se revigorer les biceps…

Un très bon roman, mais un poil surfait

Néanmoins, Djeeb le Chanceur porte en lui lesdéfauts de ses qualités. On regrettera ainsi par moment le caractère unpeu trop surfait du roman, tant dans le fond que dans le forme ; jerends grâce à Laurent Gidon d’accorder une telle place au travail surl’écriture, et il réussit globalement dans cette optique. Le problèmeest qu’à tant chercher la belle tournure, certaines phrases – voireparagraphes – deviennent lourds. Ne chipotons pas trop pour autant :ces quelques lourdeurs ne sont qu’un maigre tribut permettant à uneplume très personnelle de s’exprimer. Du côté du fond, le parti prisest celui du burlesque : on ne s’étonnera donc pas du caractère quelquepeu invraisemblable de certaines péripéties. Si la plupartfonctionnent – citons à cet égard une des scènes marquantes del’ouvrage, une beuverie mémorable au cours de laquelle Djeeb signe sapropre condamnation à mort avec allégresse ; c’est loufoque, drôle etça s’insère bien dans l’histoire certaines peinent à convaincre l’achèvement miraculeux d’une petite balade aérienne grâce à un arbreen feu, par exemple, qui titille le lecteur du fait de son inutilité.
Tout existantes qu’elles soient, ces petites imperfections ne doiventen aucun cas occulter la qualité générale de l’ouvrage ; on tiqueoccasionnellement, mais le met conserve toute sa saveur.

Un passage réussi vers le roman adulte

En définitive, Djeeb le Chanceur, s’inscrivantclairement dans la littérature de divertissement, est une lecture àconseiller, très plaisante, recherchée dans son écriture, etintéressante par bien des aspects. Ça tombe bien : il paraît queLaurent Gidon a l’intention de remettre le couvert, et l’on couverad’un œil bienveillant les prochaines aventures sorties de sonimagination – que Djeeb en soit le héros, ou non.