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Petits arrangements avec l’éternité

mardi, novembre 17th, 2009

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Petits arrangements avec l’éternité, de Eric Holstein, roman paru aux éditions Mnémos en septembre 2009.
300 pages, 22 euros.

 

 

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La dernière cuvée de Mnémos est d’une qualité notoire ;j’ai touché quelques lignes d’une médiocrité confondante ici et .Alors c’est sans déplaisir, et avec un bon apriori que je me suis tourné vers le dernier bouquin en date, tout séduitque je fus par le pitch et l’interview d’Eric Holstein lors d’une émissionmémorable de la Salle 101, au cours de laquelle le fort sympathique bar ChezHabibi se mua éphémèrement en Paris Bercy un soir de concert de Rammstein.

Ce roman inaugure donc, en simultanéité avec la rééditionrevue de Le pire est avenir de MaïaMazaurette, la nouvelle collection Dédales.

Eric Holstein est né en 1969 à Paris. Il est essentiellement connuen tant que chroniqueur et comme l’un des fers de lance du site internetActuSF, dont il dirige la rubrique chroniques de littérature SFF, et deséditions actuSF – Les 3 souhaits, qu’il codirige avec Jérôme Vincent etCharlotte Volper. Il a également publié quatre nouvelles dans différentesrevues, la dernière en date dans l’anthologie anniversaire « Retour versl’horizon » de la prestigieuse collection Lunes d’Encre. Petits arrangements avec l’éternité estson premier roman.

  

L’histoire ? C’est celle de troisvampires : Eugène, un monte-en-l’air grossier et un poquito raciste et miso, tout amateur d’art qu’il soit, Grace,une poule gaffeuse et érotomane, Slawomir, un poivrot érudit bien qu’auxthéories fantasques. Nos trois compères adoptent le leitmotiv « pour vivreheureux, vivons cachés » ; ils sont marginaux à des degrés divers.L’histoire démarre réellement quand Grace vient toquer à la porte d’Eugène,toute penaude : elle vient de révéler sa véritable nature à Lashandra, unmillionnaire hindou, qui s’est mis en tête de devenir vampire à son tour.Devant le refus d’Eugène, Grace et Eddie, Lashandra en appelle aux Gen KoShikari, une secte hindou torturant les présumés vampires (nommés Vêtalas dansleur culture) car, pour eux, il s’agit une forme de vénération. Les vampires serendent compte qu’ils sont dans un sacré pétrin et décident de négocier devantl’ampleur du danger. Pour accomplir le rituel devant transformer le bon richarden aspirateur à souvenirs, Slawomir a besoin d’une bonne dose d’éther, contenueen forte proportion chez le plus vieux des vampires, un certain Mikolaj, plusconnu sous le nom de… Nicolas Copernic. Ah, deuxième problème de taille :les Gin Ko Shikari ne sont pas du genre à lâcher le morceau… En gros,planquez les gosses et les femmes enceintes, ça risque de déflagrer sec dansles artères de Pantruche.

  

Il s’agit donc d’une histoire de…Vampires. Ouais, super ! Bon, rassurons-nous, pas de la version ultraclassique ou de certaines niaiseries romantico-gothiques à l’eau de rose ;sans fondamentalement inventer quelque chose de tout à fait neuf, Eric Holsteindépoussière le mythe pour en livrer une version plus personnelle etoriginale : ses vampires à lui ne craignent ni le jour, ni les goussesd’ail, ni les crucifix, ne sucent pas le sang, ne dorment pas dans un cercueil,ne se transforment pas en chauve-souris et ne passent pas leur soirée à jouerdes sérénades au violoncelle sur le balcon avec une rose coincée entre lescanines, à l’endroit d’une préadolescente radasse aux entournures qui kiffel’emo parce que c’est hype. Ils sontpresque tout ce qu’il y’a de plus humain ; rien ne les distingue deshommes hormis des facultés physiques et une longévité accrues. Surtout, ils serepaissent des émotions et des souvenirs de leurs proies ; les silhouetteshumaines leur apparaissent nimbées de halos de diverses couleurs correspondantà des sentiments ou sensations, à partir desquels ils choisissent leurs proies.Le vampirisme ne se transmet pas à tout un chacun; il s’agit simplementd’une branche alternative de l’évolution. Certains peuvent être transformés,d’autres non. Et, autre fait marquant, ils parlent… argot. Une des marottesd’Eric Holstein, justement. Et ça se lit : c’est un raz de marée de termesargotiques plus ou moins évidents. Mais le tour de force, c’est qu’on ne s’enaperçoit pas ; tout est fait pour que dans le contexte, on comprenne lesens des mots inconnus ; on peut donc lire l’ouvrage d’une traitequasiment sans tiquer. Le style est donc globalement très argotique – et souventtout à fait ordurier –, mais Holstein prouve aux détours de quelquesparagraphes qu’il maitrise parfaitement un langage plus conventionnel. Le tonest acerbe, caustique et, pour quiconque se sent des affinités avec ce style, parinstants résolument jouissif. Car l’argot est une langue vibrionnante, très orale,très musicale, bougrement vivante, véritablement passionnante. En ce sens, ilfait écho aux propos de Benjamin Peret, selon lequel « l’argot témoigne de la tentation poétiquedans la vie de tous les jours ». (Assertion tirée, pour ma part, du Bifrost #531,citée par China Mieville, qui donne à méditer.)

 

Autre marotte d’EricHolstein : la marginalité. Ses héros-qui-n’en-sont-pas viventvolontairement à l’écart du fait de leur nature. Y compris au sein de leurcaste de vampires – finalement relativement grand-bourgeoise et encroûtée –,les héros d’Eric Holstein détonnent dans le paysage. Tiens, justement,parlons-en, du decorum ! Eric Holstein nous fait arpenter les pavés d’unecapitale  que je qualifieraisd’alternative, comme tiraillée entre deux époques, et qui offre à nos yeux lelot de monte-en-l’air, de tapins, de michetons, de marlous et autresénergumènes engoncés dans ses interstices. Et le tout baigne dans une ambiancede faubourgs cradingues, conserve ce petit côté glauque, sombre, voire malsain,qui imprègne le roman et absorbe son lecteur. Plus encore, par le biais de sesvampires, Eric Holstein nous offre à voir la nature humaine : sespersonnages sont assez rustres, passent leur temps à s’engueuler, et alternententre décarrade facile et morceaux de bravoure. Populo, et humain, en somme. Lalongévité des vampires permet également de s’interroger sur la durée et le sensde la vie ; ces vampires vivent des siècles et finissent par se lasser etse rendre compte de leur difficulté à s’adapter à un monde en perpétuellemutation; à cet égard on peut citer une scène au cours de laquelle, par lebiais de Grace, on voit les individus rongés par le temps et les scories d’uneexistence qui s’éternise. Parce que, comme le dit Eugène, « l’éternité,c’est long. Surtout vers la fin. » (Un salut à Woody Allen, au passage. Etpeut-être à Kafka. Je sais pas, en fait.)

 

Le tour de force du roman d’Eric Holstein réside donc avanttout dans son style – un argot gouailleur et percutant – et son cadre – unParis alternatif admirablement dépeint. 

Cette ambiance est tellement réussie qu’elle éclipse un peul’intrigue, au final maitrisée, prenante, ponctuée de bonnes vieilles algaradesdes familles et leurs lots de mandales dans la gueule et coup de lattes dansles abricots, avec même quelques pruneaux qui volettent dans l’air moite, alentoursdes chalands avinés adressant un regard supplicié vers la vespérale voûtecéleste… mais finalement très convenue. Car si les personnages créés par EricHolstein sont relativement originaux (que ce soit le trio vampirique ou lasecte Gin Ko Shikari : on ne voit pas tous les jours une bande d’hindousdéréglés en tant que grands méchants complètement frappadingues d’un roman…),le schéma narratif l’est moins. Absolument rien de rédhibitoire –  ça pulse, ça valse, et ça pétarade dans lesvolières, mais on se dit qu’il manque encore à ce roman un petit peu d’ampleur.

 

Ne faisons pas la fine bouchepour autant : le premier roman d’Eric Holstein est hautementrecommandable, et présage d’un fort bel avenir pour son auteur. A cet égard, jetrouve personnellement dommage de ne pas voir plus souvent de bouquin, sortant -en partie – des sentiers battus et dotés d’une telle griffe stylistique. Testd’entrée réussi, pour ce qui constitue, assurément, l’un des ouvrages à lire decette fin d’année 2009. Bienvenue donc, M. Holstein, de l’autre côté du miroir.

 

 

1.      Eric Holstein a participé à ce dossier, donc jene suis pas du tout HS. Et ça permet d’en placer une pour Bifrost, parce quece dossier précisément, vous me pardonnerez le vocable de gougnafier, mais ildéchire la culotte à mémé, quelque chose de sévère. Fin de la digression.