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Un vampire ordinaire

Cette chronique est déjà vouée aux gémonies sur ActuSF.
 
 
 
Un vampire ordinaire, de Suzy McKee Charnas, roman paru aux éditions Robert Laffont dans la collection Ailleurs & Demain en avril 2009.
  378 pages, 21 euros.
 

 
 
 
 
 
Suzy McKee Charnas est une auteure étatsunienne née en 1939 à New York, officiant principalement dans les genres de la Fantasy et de la Science-Fiction. Un Vampire Ordinaire est le seul roman traduit sous nos latitudes, aux éditions Robert Laffont dans la collection Ailleurs et demain. Et puisque la couverture ne l’indique pas forcément, le plus remarquable est tout de même que ce roman a remporté le prix Nebula dans la catégorie Novella / court roman en 1980. Suzy McKee Charnas a par ailleurs publié une quinzaine d’ouvrages ainsi qu’une poignée de nouvelles (dont Nibards, prix Hugo 1990, traduite dans l’anthologie Gare au garou chez Librio).

La vie agitée d’un vampire

Le roman raconte l’histoire d’Edward Weyland, professeur d’université spécialisé en anthropologie, ayant repris à son compte le programme d’un collègue lui permettant de mener des expériences en laboratoire sur les rêves. Archétype du savant reclus dans son labo d’ivoire, grand échalas aux tempes grisonnantes goûtant fort peu aux relations sociales, il n’en est pas moins doté d’un charisme magnétique, qui le rend capable d’envoûter un auditoire en une seule phrase. Et pour cause, il s’agit d’un... Vampire ! Un être surnaturel, donc, obéissant à ses propres codes et valeurs qui, on s’en doute, divergent de ceux du péquin moyen.

Permettons-nous de mettre de côté la quatrième de couverture ; j’y reviendrais ultérieurement. Un vampire ordinaire nous relate les péripéties de ce bon vampire balloté d’est en ouest des Etats-Unis, et qui voit son confortable quotidien de professeur célébré pour ses brillants travaux - entrecoupé de traques destinés à assouvir sa soif de sang -, chamboulé par la brusque découverte de sa véritable nature par une subalterne, Katje de Groot. Weyland survit de peu à la confrontation qui s’ensuit ; très mal en point, il est récupéré par des magouilleurs et secteux qui ont pour lui des projets pas franchement réjouissants…
 
Une vision personnelle de la figure du vampire
 
Et c’est ainsi que sont brossées, au travers de plusieurs scènes imbriquées – chacune correspondant à un chapitre – les pérégrinations de Weyland, du Cayslin College à Albuquerque. Et, en raison de cette bougeotte aiguë, les autres personnages demeurent tout à fait secondaires – hormis la psychanalyste et un mystique assez frappadingue – puisqu’ils n’apparaissent qu’au cours d’un chapitre. Cela nous laisse tout le loisir de nous concentrer sur la figure du vampire, ici diablement introspective. Traversant les époques grâce à de fréquentes et longues hibernations, il s’agit d’un prédateur, caché sous les traits d’une civilité un peu bourrue, doté d’un proboscis sous la langue à l’aide duquel il pompe le sang de ses victimes qu’il ne tue d’ailleurs que rarement. Il est également une certaine contre-figure de l’érotomane priapique ; seuls le guident son instinct de survie et les impératifs de la sustentation ; le sexe n’est même pas un à-côté, juste une frivolité qui pourrait le menacer directement, au même titre que la création de liens sociaux. C’est là l’une des clés du roman, qui se dévoile à partir de la seconde moitié : plus Weyland côtoie les humains, plus il court le risque de s’attacher à eux. Mais sa nature ne peut s’en accommoder ; sans sa ration de sang quotidienne, il est voué à dépérir. Il tente donc d’étouffer tout embryon de sentiment naissant, afin de ne surtout pas être pris de compassion pour ses proies. En un mot, le vampire ne peut et ne doit surtout pas s’humaniser, et se relègue lui-même aussi près que possible des confins de la marginalité.

Bien entendu, cela ne se fait pas sans mal, comme le montreront ses expériences avec la psychanalyste Floria Landauer, à laquelle il s’ouvre totalement – et, à un degré moindre, avec l’un de ses collègues à Albuquerque. La psychanalyste le confronte à une épreuve telle qu’il n’en avait encore jamais connue, et il doit se faire à la gestion de sentiments pour le moins ambivalents.

A ce sujet, je me suis fait surprendre par la quatrième de couverture : l’histoire entre Weyland et la psychanalyste Floria Landaueur ne dure en fait que l’espace d’un chapitre - environ un quart du roman ! Certes, Weyland ne pourra jamais se défaire du souvenir de Floria, mais cette partie du roman n’en est – justement ! – qu’une partie, tout aussi intéressante et bien construite soit-elle au demeurant, mais pas l’unique angle d’approche sous lequel considérer l’ouvrage.
 
Un ouvrage recommandable

La quatrième de couv’ indique par ailleurs que « Suzy McKee Charnas a totalement renouvelé, avec sensibilité, le thème du vampire ».

Pour ma part je trouve cette assertion un peu surfaite, mais me garderai bien d’émettre un avis tranché eu égard à la toute relative « ancienneté » du roman – presque 30 ans. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas d’une vision traditionnelle romantico-gothique éculée mais d’une vision beaucoup plus personnelle. Là où le roman de Suzy McKee Charnas se distingue, c’est qu’il se déroule, à peu de chose près, dans le quotidien le plus banal, et met en scène un être irrémédiablement confronté à sa propre altérité et à la solitude qui en découle - car il est et restera le seul de sa race. Au final, ce roman intimiste – et, effectivement, certainement pas dénué de sensibilité – se permet le luxe de se révéler finalement assez profond, intelligent et subtil pour captiver son lecteur.

Un roman, donc, qui, sans nécessairement constituer le dessus du panier d’une collection ayant produit quelques pépites, se révèle finalement bien plus qu’honorable et trouve sans peine sa place dans le cabas des ouvrages recommandables de la littérature vampirique.

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Baroudeur

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Baroudeur, de Jack Vance, recueil de nouvelles paru aux éditions Les trois souhaits (ActuSF) en février 2009.
  178 pages, 9.80 euros.
 

 

 

On ne présente plus Jack Vance, conteur et créature d’univers hors pair. C’est à la redécouverte de cinq nouvelles écrites entre 1951 et 1961 que nous convient les éditions ActuSF – Les trois souhaits. Evidemment, il est hors de question de se priver.

Dans la nouvelle ouvrant ce recueil, James Aiken, créateur d’effets spéciaux de son état, assiste dans l’hôpital du Dr. Krebius à la projection d’un conte russe, Vassilissa, dont l’héroïne ressemble comme deux gouttes d’eau à Carol Bannister, une jeune fille mystérieusement atteinte de cécité depuis le suicide de son père, soignée à l’hôpital grâce à un appareil optique fort peu conventionnel. Carol n’a pourtant jamais joué dans aucun métrage. Elle finit par s’ouvrir à Aiken, manifestement porteuse d’un secret qu’il n’est pas bon de dévoiler au grand jour.

Elle ne partait pas d’une mauvaise idée, cette nouvelle. Mais elle se révèle ultra prévisible et, en plus, les deux dernières pages sont, amha, pas crédibles, voire même assez ridicules – les répliques, mon dieu, les répliques ! Il flotte également un petit parfum suranné que j’ai fort peu goûté. On passe.

Personnes déplacées est une nouvelle intéressante, à n’en pas douter. Un jour, inopinément, des humanoïdes pâlots sortent par myriades d’une béance s’ouvrant au cœur d’un vallon sur les entrailles de la terre. Ils sont bientôt plusieurs millions à squatter les verts pâturages, et les dirigeants des grandes nations sont vite dépassés par l’épineux problème de leur relogement. Enfin… Disons plutôt qu’ils n’ont résolument pas envie de se mouiller non plus. Ce texte est livré sous une forme peu fréquente, puisqu’il s’agit de missives et coupures de presse. Et dans le fond, transcrit une parabole bien vue sur m’immigration, l’intolérance, la peur de l’autre (tiens, Brice H., si tu nous lis…). Un monde qui, parce qu’ « ici chacun désigne son voisin » dès lors que des difficultés s’imposent, est tout à fait représentatif de nous autres humains dans nos travers. On regrettera tout de même une fin trèèèès rapide, comme si Vance n’avait eu qu’une envie : jeter le stylo pour passer à la nouvelle suivante ; un épilogue, à cet égard, assez décevant, mais qui n’entache pas pour autant une nouvelle de bonne facture.

Bruit, sous la forme d’un journal, relate les quelques jours passés par un homme, échoué sur une planète mystérieuse où, dans un cadre bucolique, flottent quelques silhouettes évanescentes et résonnent faiblement d’énigmatiques airs de musique variant selon les jours et quatre soleils de différentes teintes. Mirage, ou formes de vie d’une toute autre essence, et par conséquent fondamentalement imperceptibles ? Une nouvelle au final très contemplative, sans intrigue, anecdotique pourrait-on dire, mais qui a le mérité de se révéler poétique et de dévoiler un cadre dépaysant et bien dépeint. Toujours ça de pris.

Et puis, loin au dessus du reste du recueil, la baroque et chatoyante Papillon de Lune, témoignant d’une imagination des plus fantasques. La nouvelle relate la quête de Thissel, chargé de mettre aux fers un assassin dangereux cabotant sur la planète Sirène. Intrigue banale, mais mes aïeux ! quel décor !!! Car ici, dans ce cadre lacustre rappelant Venise,  les autochtones ne s’expriment que par le chant accompagné d’un instrument de musique et portent en permanence des masques dont les apparats, étoffes et pierreries reflètent la condition sociale de leur porteur. La société est bâtie sur des rapports de hiérarchie très stricts allant jusqu’à l’asservissement – l’esclavage y est légalisé ­–, principe perceptible par le vecteur d’instruments investis d’un pouvoir symbolique puisque l’on utilise tel ou tel instrument  en fonction du registre de discours adopté, de sa position sociale vis-à-vis de son interlocuteur et de l’estime que l’on lui porte. Dire que lire une nouvelle prenant place dans un cadre si prodigieusement échafaudé est d’un grand agrément pour le lecteur relève de l’euphémisme le plus plat. Certes, j’ai toujours du mal avec les dialogues au moment où le danger atteint un pic (comme si, sa dernière heure venue ; il était naturel de déclamer « Fichtre ! Me voilà fait comme un rat ! »). On notera également que la splendeur du cadre et l’intelligence dont témoigne la création du peuple sirénien et de ses mœurs, peinent à masquer une intrigue des plus conventionnelles, certes pas mal fichue, mais loin de détonner – et ce, même si le final sort des sentiers battus. Mais bon, en ce qui concerne cette nouvelle, c’est avec plaisir que je passe outre ces deux défauts, parce que le cadre est sublime, le concept sirénien admirable d’inventivité et l’insurpassable incompatibilité des cultures qui en découle donne lieu à des scènes et un final peu communs et ma foi très bien vus. Papillon de Lune est la seule nouvelle de ce recueil qui mérite à mes yeux le statut d’incontournable, mais elle le mérite plutôt deux fois qu’une.

Le recueil se clôt sur une nouvelle exposant à nouveau un univers bien esquissé ; Briar Kelly, en volant le joyau précieux d’une confrérie de mystiques vénérant le dieu Han, se voit promettre par ceux-ci une agonie longue et douloureuse. Le seul moyen de s’en sortir est de franchir le portail qui l’emmènera dans une autre dimension, où siège une dodécacratie1 d’entités divines, dont le fameux Han… Une nouvelle pas mal troussée, mais là aussi, trop elliptique et incongrue dans son achèvement pour convaincre. Reste, comme d’hab’, un univers bien esquissé et un pouvoir d’évocation certain.

Un recueil un peu inégal donc, mais bien écrit, visuel et coloré,  doté de deux bons textes variant selon les goûts, témoignant en tout les cas – hormis la nouvelle d’ouverture, seule et unique que je qualifierai de résolument médiocre – d’univers admirablement dépeints et d’une authentique faculté d’évocation, deux traits caractéristiques de l’œuvre de l’auteur. Et, au dessus de tout cela, trône majestueusement la nouvelle Papillon de Lune qui justifie presque à elle seule l’achat de ce court volume fort peu onéreux dans lequel les amateurs des univers vanciens devraient trouver leur compte.

 

1.       S’cuzez, hein, mais la tentation du néologisme, tout ça…

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Djeeb le Chanceur


 NOTE : Cette chronique est également soumise à la vindicte populaire sur le site ActuSF, que naturellement vous connaissez tou(te)s !
 

 
Djeeb le Chanceur, de Laurent Gidon, roman paru aux éditions Mnémos collection Fantasy en juin 2009.
  276 pages, 20 euros.

 
 
 
 
 
 
 

Laurent Gidon, également connu sous nos latitudes forumesques / SFF sous le pseudonyme Don Lorenjy, est l’auteur de plusieurs nouvelles parues sous différents supports – à noter, sa présence au sommaire du prochain Bifrost. Après un premier ouvrage jeunesse, Aria des Brumes, paru en 2008 au Navire en pleine ville, Djeeb le Chanceur est son premier roman adulte, publié par les éditions Mnémos dans la collection Fantasy.

Des péripéties en foultitude

Djeeb est une sorte de ménestrel aventurier, esthète et poseur, épris de liberté, imbu de lui-même, rusé, couillu en diable et prêt à se foutre dans les situations les plus périlleuses parce que le danger, c’est de l’art. Ce goût prononcé pour les péripéties les plus osées le pousse à entreprendre un voyage vers Ambeliane, une ville mystérieuse et par là même propice à assouvir son besoin d’aventures. Pas décontenancé le moins du monde, après avoir échappé une première fois à la justice, Djeeb, par le biais de ses tours, gagne les faveurs d’une taverne tout entière, avant de se mettre – en compagnie du très versatile musicien Sagace Ingfreud – au service de Petral Herold, un aristocrate huppé ayant mainmise sur la puissante Guilde Maritime. Mais le faste des palais peine à masquer un entrelacs d’intrigues, auxquelles Djeeb se trouve irrémédiablement mêlé ; quand en plus, il se retrouve malgré lui en position presque affriolante avec la toute jeune fille de son amphitryon, il n’a plus le choix : il est contraint d’aider Herold dans ses luttes de pouvoirs, sous peine de se voir livré à une justice que l’on peut juger un peu trop expéditive. Mais, tout débrouillard qu’il soit, il demeure un simple pion sur l’échiquier, et le sort va se retourner contre lui, le livrant à l’opprobre des Grands d’Ambeliane… Pourchassé, la baraka naturelle et invraisemblable de Djeeb ne sera pas de trop pour le sortir de ce mauvais pas… Ainsi que Fran Thelisorn, ex épouse de Petral Herold, qui sent pointer comme un petit coup de béguin pour notre héros...

Un ouvrage stylistiquement abouti

Sur une trame qui n’a fondamentalement pas grand-chose de neuf, Laurent Gidon parvient à bâtir un récit prenant. Sa plume s’exprime sur un ton léger, mais finalement très travaillé, de sorte que le roman n’oublie jamais la forme. L’auteur adapte son écriture à son héros et à son propos. Il en sort un texte très plaisant à lire, d’un style original et fleuri – on pourrait même dire vibrionnant, dans le bon sens du terme
, et quelques paragraphes vraiment notables. Les différents vocables (architecture, musique par exemple) sont maîtrisés.
Pour aller plus loin, là où Laurent Gidon réussit un très beau coup, c’est que le style ne nuit pas à l’intrigue, mais la sert. La balance entre le fond et la forme est admirablement dosé, et atteint sans peine son point d’équilibre.

Le texte, écrit à la troisième personne, se concentre sur le personnage de Djeeb, point focal de tout le roman. On y partage les réflexions du principal protagoniste, qui dissèque tous ce/ceux qui l’entourent. Djeeb analyse tout en permanence ; l’apparence physique et les mimiques de ses semblables lui permettent de dresser un bref profil psychologique. Plus encore : certains airs de musiques et breuvages alcoolisés, sont conçus et décrits en fonction de la personne à qui ils sont destinés, et ce sont là des passages d’une lecture et d’un fond très agréables. Ce procédé, immersif, permet non seulement à chaque personnage d’être un peu plus qu’un simple élément de décor, au risque de parfois trop en faire – c’est le cas à certains moments pour Fran Thelisorn – mais en plus il sert le roman : Djeeb a déjà une chance de tous les diables, mais en plus l’observation de son environnement lui permet de se sortir de toutes les situations.

De l’art de l’influence

Le livre traite en particulier des thématiques de jeux de pouvoir et d’influence ; les personnages s’utilisent les uns les autres à peu près en permanence, en vue de satisfaire leurs desseins, que ceux-ci soient avouables ou non. Sagace Ingfreud passe sa vie à retourner sa veste, Petral Herold use de tous les moyens pour conserver son pouvoir… Même Djeeb est un personnage contrasté : altruiste par moments, il n’hésite pas non plus à sacrifier les gens qui ne lui sont plus utiles (pour investir Ambeliane promptement, il joue un sale tour à son équipage, le livrant tout entier à la justice de la Cité). La justice, justement, autre thématique récurrente, puisque Djeeb passe une grande partie du roman à tenter de s’y soustraire. Une justice froide, implacable, où l’influence et le charisme tiennent une place prépondérante, bien plus que la recherche du caractère avéré ou non de la culpabilité des prévenus. Une justice qui parvient même à convaincre les inculpés de la nécessité de leur propre mort… À noter également, la relative rareté des scènes de combats – de plus, celles-ci sont très brèves et, de fait, plus crédibles que de sempiternels esclandres de quinze heures sans pause amphétamines pour se revigorer les biceps…

Un très bon roman, mais un poil surfait

Néanmoins, Djeeb le Chanceur porte en lui les défauts de ses qualités. On regrettera ainsi par moment le caractère un peu trop surfait du roman, tant dans le fond que dans le forme ; je rends grâce à Laurent Gidon d’accorder une telle place au travail sur l’écriture, et il réussit globalement dans cette optique. Le problème est qu’à tant chercher la belle tournure, certaines phrases – voire paragraphes – deviennent lourds. Ne chipotons pas trop pour autant : ces quelques lourdeurs ne sont qu’un maigre tribut permettant à une plume très personnelle de s’exprimer. Du côté du fond, le parti pris est celui du burlesque : on ne s’étonnera donc pas du caractère quelque peu invraisemblable de certaines péripéties. Si la plupart fonctionnent – citons à cet égard une des scènes marquantes de l’ouvrage, une beuverie mémorable au cours de laquelle Djeeb signe sa propre condamnation à mort avec allégresse ; c’est loufoque, drôle et ça s’insère bien dans l’histoire
certaines peinent à convaincre l’achèvement miraculeux d’une petite balade aérienne grâce à un arbre en feu, par exemple, qui titille le lecteur du fait de son inutilité.
Tout existantes qu’elles soient, ces petites imperfections ne doivent en aucun cas occulter la qualité générale de l’ouvrage ; on tique occasionnellement, mais le met conserve toute sa saveur.

Un passage réussi vers le roman adulte

En définitive, Djeeb le Chanceur, s’inscrivant clairement dans la littérature de divertissement, est une lecture à conseiller, très plaisante, recherchée dans son écriture, et intéressante par bien des aspects. Ça tombe bien : il paraît que Laurent Gidon a l’intention de remettre le couvert, et l’on couvera d’un œil bienveillant les prochaines aventures sorties de son imagination – que Djeeb en soit le héros, ou non
.

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