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La stratégie de l'ombre

 

 

 

La stratégie de l'Ombre (La saga des Ombres T.1), de Orson Scott Card, roman paru aux éditions L'Atalante / J'ai Lu en décembre 2007 (édition poche).
542 pages, 8,40 euros.
 

 

 

 

Suite à ma lecture de ses deux essais – parus aux éditions Bragelonne – relatifs à l’écriture dans nos genres littéraires de prédilection, je m’étais dit qu’il faudrait qu’à l’occasion je me plonge dans l’œuvre fictionnesque d’Orson Scott Card. Et quoi de mieux pour commencer que son cycle Ender, récompensé par le prix Hugo… (On notera à cet égard que pas moins d’une dizaine de prix littéraires différents jalonnent son parcours). Emballé, c’est pesé !

Bon, après, ceux et celles qui me connaissent savent que je suis, au mieux, étourdi à l’extrême, au pire, complètement con et définitivement irrécupérable. Bref, ce n’est qu’après avoir laissé trôner le livre quelques mois dans ma P.A.L. que je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait pas de la Stratégie Ender mais de la Stratégie de l’Ombre… Sombre crétin *automutilation et émasculation*.

Bref.

La Stratégie de l’Ombre, donc, est un spin-off, reprenant l’histoire de la Stratégie Ender – que je confesse ne pas connaître – en l’abordant du point de vue du « lieutenant » du sauveur-de-l’humanité-en-chef Ender Wiggin, j’ai nommé Bean.

Bean donc, gamin dont la chétivité n’a d’égale que la formidable intelligence, « grandit » dans les faubourgs de Rotterdam, où les gosses des rues se livrent une guerre sans merci, régie par la loi du plus fort. Bean, grâce à son intellect, parvient à intégrer une bande et à civiliser tout ce petit monde, ce qui lui vaut d’être repéré par la sœur Carlotta, nonne chargée – parmi d’autres – de courir le monde à la recherche des jeunes pousses les plus talentueuses, lesquelles sont envoyées à l’Ecole de Guerre où elles sont formées à repousser l’invasion future des Doryphores, aliens insectoïdes défaits par la Flotte Internationale par le passé, mais dont la menace plane toujours sur l’humanité.

L’ouvrage relate donc le parcours de Bean dans cette école, comment, gamin le plus brillant de son espèce, il gravit tous les échelons malgré les barrières érigées par sa malingre constitution physique et la crainte de ses enseignants devant cet enfant de quatre ans qui les mène en bateau… Car Bean n’est pas un enfant ordinaire, mais le fruit d’une expérience génétique menée illégalement par un savant déglingué : seul survivant de l’expérience, il dispose d’un intellect prodigieux et en constant développement, en contrepartie d’une espérance de vie très faible.

Mais, aussi formidable fut-il, Bean demeure dans l’ombre d’Ender Wiggin, autre gosse prodige, sur lequel la Flotte Internationale fonde tous ses espoirs dans la lutte qui se prépare. Bean, conscient de sa supériorité, va devoir composer avec Ender ; surtout, il se rendra compte bien vite que les officiers leurs cachent la vérité sur la guerre qui se prépare, qu’elle est peut être plus proche qu’on ne le pense et d’une toute autre nature…

Sans être un chef-d’œuvre, La Stratégie de l’Ombre n’en demeure pas moins un très bon roman, s’appuyant sur d’indéniables qualités. Orson Scott Card sait bâtir une intrigue, et plonger son lecteur dans l’histoire sans le lasser. Il en ressort un roman qui se lit vite et bien, et sans déplaisir.

La forme alterne entre troisième personne et première, lors de séquences nous plongeant directement au cœur des pensées de Bean. La SdlO témoigne ainsi d’une véritable profondeur psychologique et intellectuelle, au point de verser par instants dans l’excès. Ce qui n’est pas incohérent en soi : Bean est censé être un prodige d’intelligence ; mais cette tendance à poser dix mille questions par paragraphes devient lourde par instant ; elle est contrebalancée par quelques scènes d’action – comme les batailles d’entraînement, auxquelles ont pourra reprocher leurs redondances. Mais, le tout étant très correctement mené, on ne s’en offusque pas. Et, pour ma part, le parti pris fonctionne : la narration, souvent froide et mécanique, vient à l’occasion se tempérer de quelques sentiments assez frileux ; en ce sens, elle fait parfaitement écho aux interrogations de sœur Carlotta et des officiers après découverte des origines de Bean : un individu qui ne serait qu’intelligence pure, calculs et pragmatisme, doit-il être considéré comme humain ? Card parvient à adapter sa narration à son personnage principal, ce qui n’était pas nécessairement gagné d’avance. Pari réussi, et c’est là sûrement la réussite majeure du roman.

Bien construit, bien mené, bien écrit, La SdlO est un livre à conseiller même si il n’est pas exempt de défauts, d’incohérences ou de points que l’on pourrait qualifier de litigieux. Ayant trouvé l’ouvrage de bonne facture et surtout, n’ayant pas lu Le cycle Ender, je préfère balayer d’office l’argument alimentaire que laisse présager tout spin-off. En revanche : Card est mormon de confession, comme chacun ne le sait pas forcément, et effectivement, le propos religieux est bel et bien là, et déborde un petit chouïa de l’œuvre de fiction ; mais libre à chacun de se faire son idée là-dessus, et puis c’est quand même pas l’Apologie Prosélyte du petit Jésus fils de Marie et du Tout-Puissant non plus. Par ailleurs, tout justifiés qu’ils soient par l’intrigue, le style froid et l’ambiance – une école où l’élitisme est érigé en vertu et où le sort de la guerre repose sur des enfants de six ans, tout de même ! – peuvent déstabiliser.

On va ajouter deux trois incohérences – que Bean ait une motricité et un intellect surdéveloppés, c’est une chose, mais ça ne m’explique pas comment, à un an, il peut soulever le couvercle du réservoir des chiottes et survivre tout une nuit immergé jusqu’au menton dans l’eau glacé ! – et c’en est fini.

Bon, ça, c’était pour justifier ma tendance à l’enculage de mouches.

Passons outre ; la stratégie de l’ombre est tout à fait recommandable, et même plus. Parce que Orson Scott Card sait raconter une histoire, et parce qu’il a su adapter son écriture à son personnage principal. Parce que Bean, au début aussi chaleureux et émotif que l’ordinateur sur lequel je tape cette chronique,  nous est rendu attachant du fait de la conscience de sa différence et la solitude qui en découle. Parce que le roman est intelligemment écrit, et revêt une incontestable portée philosophique et psychologique – ne serait-ce que par le questionnement vis-à-vis de l’altérité qu’il induit.

Pour toutes ces raisons, la Stratégie de l’Ombre est assurément un livre à lire, et duquel on aurait tort de passer à côté.

(1) Commenter    (0) Rétroliens   

  1. lenaic14@hotmail.fr Commenter

    06 nov 2009, 08:49

    sympathique analyse qui me convient... certes il est vrai que la stratégie de l'ombre n'est pas un chef d'oeuvre mais un bon roman... alors empresse toi de lire le cycle Ender.. c'est la que ce trouve le chef d'oeuvre de cette ecrivain rafraichissant de la sf.

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